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+ JUBILÉ DE PROFESSION

+ JUBILÉ DE PROFESSION

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault (Fontgombault, le 11 septembre 2021)

Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent. (Lc 11,28)

Chers Frères et Sœurs,

Mes très chers Fils,

et vous particulièrement qui fêtez votre jubilé de profession,

Il est écrit dans la Règle de saint Benoît : Lorsqu’un ancien passe, le jeune doit se lever et s’effacer pour lui céder la place ; et il ne se permettra de se rasseoir que sur l’invitation de son aîné, réalisant ce qui est écrit : « Prévenez-vous d’honneur les uns les autres. » Il faut reconnaître que nous sommes en défaut ce matin alors que nous rendons grâces pour les années débutées lors de votre profession monastique émise il y a cinquante ans en la fête de la Nativité de Notre-Dame le 8 septembre 1971. Il y a trois jours en effet, en cette même fête, l’un d’entre nous a prononcé sa promesse définitive d’oblat et c’est vous qui lui avez cédé la place ! Des cinq profès d’il y a cinquante ans, vous êtes le seul à être demeuré à Fontgombault. Notre action de grâces rejoint celle des moines de Randol et de Wisques où deux de vos frères ont jubilé. Ce jour demeure en effet marquant à plusieurs titres dans l’histoire de notre communauté. Nous nous souvenons de la profession simple du Père Abbé Édouard prononcée le 8 septembre 1921 à Quarr-Abbey dans les mains de Dom Savaton, alors prieur et maître des novices. C’était il y a cent ans. Dom Cozien, abbé de Solesmes en exil et retenu en France, écrivait alors aux futurs profès : Que le Seigneur achève ce qu’il a commencé et fasse de vous de vrais moines, dans la Schola Dominici servitii - École du service du Seigneur, ne cherchant que le bon plaisir de celui que vous avez mission de louer. Il sera le Roi de vos cœurs qu’il accueillera des mains de la Vierge Mère, et vos volontés « bonnes », souples, toujours disponibles, accueillantes, ne cesseront de s’enrichir des dons ineffables du Père céleste. Soyez heureux. Au Salut du Saint Sacrement, au jour de votre profession simple, le Père Abbé Jean, deuxième abbé de Fontgombault, avait fait insérer l’oraison Rege Domine, oraison de profession du Père Abbé Édouard : Régnez, Seigneur, sur les cœurs de vos serviteurs, offerts à votre Majesté par les mains de la bienheureuse Vierge et Mère ; et pour qu’ils recueillent vos biens que vous prodiguez, accordez-leur avant tout que leurs volontés tendent vers le vrai bien. Cette oraison n’est qu’un écho à la lettre du Père Abbé Cozien. Elle est porteuse d’un vœu : la royauté du Seigneur sur des cœurs offerts par les mains de Marie ; des cœurs toujours accueillants aux biens de Dieu ; des volontés bonnes, souples toujours disponibles. Quel programme ! Aujourd’hui, c’est encore sous le regard de Notre-Dame que vous allez renouveler vos vœux en ce samedi, jour consacré à sa vénération. La collecte de ce matin demande au Seigneur la santé de l’âme et du corps, et par l’intercession de Marie, la délivrance de la tristesse du temps présent ainsi que le bonheur et la joie, tant pour le temps présent que dans l’éternité. Cette béatitude, Marie l’a vécue. Une femme anonyme croyait la publier du milieu d’une foule en s’adressant à Jésus : « Heureuse la mère qui t’a porté en elle, et dont les seins t’ont nourri. » Mais Jésus, ne voulant pas dissimuler la vraie cause de la béatitude de Marie, ajoute : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent. » (Lc 11, 28) Nous, pécheurs, mais qui aimons Jésus, aurions volontiers prononcé les paroles de la femme. Quoi de plus désirable que d’étancher par nos efforts, par nos actes de charité, la soif du Seigneur sur le chemin du calvaire ? Pourtant, Jésus ne béatifie pas d’abord celui qui donne à Dieu, mais plutôt celui qui se dispose à recevoir de Dieu ce que Dieu veut bien lui donner ; et Dieu, nous ne pouvons en douter, n’est pas avare de sa grâce. La réponse de Jésus peut étonner, mais Dieu sait ce qui est bon pour nous. Recevoir est certes moins exaltant que de donner, mais comment celui qui ne recevrait pas pourrait-il donner ? Vos années de vie monastique vous ont permis de puiser abondamment à la source inépuisable des sacrements : l’eucharistie reçue chaque matin, le sacrement de pénitence, l’ordre. La lectio divina, la vie fraternelle, la relation filiale au Père Abbé, sont aussi des lieux à travers lesquels Dieu vient toucher le cœur du moine. Heureux sera-t-il, s’il écoute, s’il reçoit, s’il garde. Là encore, c’est Dieu qui, en artiste, s’occupe de votre cœur, et c’est en cette présence, aimante et consolante, que vous avez puisé et que vous puiserez la force pour arriver au terme de chaque jour. Aujourd’hui, c’est un franc Magnificat qu’il vous revient de prononcer pour le passé, en demandant pardon pour ce qui n’a pas été selon Dieu. Depuis tant d’années, Dieu se penche sur vous et y a fait des merveilles. Sa miséricorde s’est étendue sur vos jours. Qu’il en soit béni. Recevez en viatique, pour l’avenir, les paroles de Thérèse de Jésus : Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe. Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit. Car, en effet, le chemin n’est pas fini. A l’école de Marie et des saints, en serviteur infatigable du Seigneur, vous demanderez encore que, chaque jour, sa parole demeure en vous et s’y accomplisse. Aujourd’hui l’un d’entre nous va recevoir le ministère d’acolyte. Celui-ci est institué pour s’occuper du service de l’autel, principalement lors de la célébration de la messe. Voilà encore une dimension de service. Achevons par une citation du Père Abbé Edouard : Qu’il est bon de redire sans cesse le Fiat de Notre-Dame comme celui de sainte Bernadette : “Fiat pour la vie, fiat pour la souffrance, fiat pour la mort, fiat toujours, ô ma Mère, en votre doux Cœur”. C’est la confiance et l’abandon des tout-petits entre les mains du Père qui est aux cieux, de la Mère qui garde de tout mal. (Lettre : 18 décembre 1958). Amen.

Tag(s) : #homelies de Fontgombault

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