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PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT  CHEZ LES CATHOLIQUES

PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault (Fontgombault,

le 29 novembre 2020)

Ad Te levavi animam meam Vers vous j’ai élevé mon âme, mon Dieu, en vous j’ai mis ma confiance, je n’aurai pas à en rougir. Que mes ennemis ne se rient pas de moi, car aucun de ceux qui vous attendent ne sera confondu. (Ps 24,1-3)

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils, L

ors de la méditation qui accompagne la récitation de l’Angélus, le 8 novembre dernier, le Saint-Père a commenté la Parabole des dix jeunes filles appelée aussi Parabole des « vierges sages » et des « vierges folles ». Permettez-moi de le citer un peu longuement : L Jésus veut nous dire, enseigne le Pape François, que nous devons être prêts à la rencontre avec Lui, pas seulement la rencontre finale, mais aussi aux petites et grandes rencontres de tous les jours en vue de cette rencontre… Il nous arrive, malheureusement, d’oublier l’objectif de notre vie […]. Quand quelqu’un absolutise le présent […], il perd le sens de l’attente, qui est si beau et si nécessaire, et qui nous sort également des contradictions du moment. Cette attitude […] exclut toute perspective de l’au-delà : on fait tout comme si on ne devait jamais partir pour l’autre vie. [...] Nous devons vivre l’aujourd’hui, mais l’aujourd’hui orienté vers demain, vers cette rencontre, l’aujourd’hui chargé d’espérance. Si au contraire nous sommes vigilants et que nous faisons le bien en répondant à la grâce de Dieu, nous pouvons attendre avec sérénité l’arrivée de l’époux. Le Seigneur pourra venir même pendant que nous dormons : cela ne nous inquiétera pas… parce que nous avons accumulé avec les bonnes œuvres de tous les jours, accumulé avec cette attente du Seigneur. Qu’Il vienne le plus tôt possible, et qu’il nous emmène avec Lui. Ces paroles trouvent écho dans la Messe de ce premier dimanche de l’année liturgique, en ces temps difficiles que nous traversons. Les signes évoqués par l’évangéliste, nous les rencontrons. Seront-ils à l’origine d’un nouvel accueil de Dieu dans le cœur des hommes, de tous les hommes, dans notre propre cœur ? « Vers vous j’ai élevé mon âme, mon Dieu en vous j’ai mis ma confiance. » Interrogeons-nous sur la cohérence de notre propre vie, car « l’heure est désormais venue de sortir du sommeil ». Peut-être est-il bon avant tout de préciser le lien qui existe entre les cataclysmes qui accompagnent inévitablement l’histoire de l’humanité et chaque vie humaine, et qui ne se limitent pas à la fin du monde, et la venue du Seigneur. L’ordre de la nature, le hasard, la liberté humaine sont à l’origine de ces malheurs. Certains, athées ou croyants, s’interrogent sur la part de responsabilité d’un Dieu dont le nom est Amour dans ces événements. Les uns y voient la preuve de l’absence de Dieu. D’autres essayent tant bien que mal de l’innocenter de tout lien avec ces catastrophes. Mais serait-il encore vraiment Dieu si les choses se passent ainsi malgré lui ? Ou faut-il donc se résoudre à un monde divagant et sans destinée ? Pour qu’un vrai chemin s’ouvre devant l’homme, il faut que ce chemin conduise à un but qui lui donne sens. Telles sont précisément ces « petites et grandes rencontres » qu’évoquait le Saint-Père, et qui sont toutes voulues ou permises par Dieu. Dieu ne veut pas le mal, il permet seulement à la liberté de l’homme et aux forces de la nature de s’exercer selon leurs lois. Pour autant, la liberté de l’homme et les forces de la nature n’ont pas le dernier mot. Chaque instant, chaque événement reçoit de la miséricorde de Dieu un sens qui donne raison à son existence en l’orientant, voire en le réorientant, vers la rencontre ultime avec Dieu. Discerner ce sens accordé par Dieu à l’événement, fut-il contraire, travailler dans le sens de la volonté miséricordieuse de Dieu, voilà le rôle du croyant. C’est exigeant. Il est plus facile d’ignorer le sens caché des événements, de réagir de façon superficielle, que de se contraindre à marcher à contrecourant de nos passions et des idées du monde, mais dans le sens de Dieu. Pourtant, en Dieu seul se trouvent consolation et joie. Soulignons que si ces réflexions valent pour les grands événements, elles valent aussi et surtout dans notre banal quotidien, dans la vie de famille, en communauté, au travail avec ce prochain si proche et qu’il faut supporter… y compris le pire, c’est-à-dire nous-même ; dans tous ces instants et tous ces lieux qu’il faut sans relâche évangéliser, en y apportant la bonne nouvelle de la présence de Dieu. Est-il étonnant dans ces conditions que le monde d’aujourd’hui soit désespéré ? Ne sommes-nous pas atteints nous aussi ? Celui qui se contemple lui-même n’a pas de route à suivre, il a trouvé son but. Quelle déception ! Bien vite arrive l’épreuve de la mort et l’angoisse du néant. Le monde se remettra-t-il en question ? Et nous-mêmes ? Le psalmiste nous presse de lever les yeux de ce marasme et de les tourner vers le Seigneur. Nous ne serons pas confondus. La bible ne parle pas du Covid-19… elle invite à l’espérance en Dieu. Ces lignes du psaume ont traversé les siècles, toujours confirmées. Au seuil de l’année liturgique, notre chemin vers Noël s’ouvre par un pèlerinage aux côtés du peuple de l’Ancien Testament. Faisons nôtre l’attente du Messie promis qui s’accomplira pleinement dans le mystère pascal. C’est en nous, aujourd’hui, que cette promesse doit à nouveau s’accomplir. Nous avons un consentement à donner : lever les yeux vers le Seigneur et l’accueillir. Savons-nous lire les signes des temps dans notre monde qui est sens dessus-dessous ? Le Christ reviendra à la fin des temps. Il doit venir aussi dès aujourd’hui. Lire les signes des temps, c’est recevoir l’instant présent dans l’espérance, comme une sollicitation à lever les yeux vers le Seigneur et à Le désirer. Ce désir est un moteur… mais il est aussi une souffrance. En face de Lui, nous nous reconnaissons pauvres. Souvenons-nous cependant que nous répondons à un appel, que nous sommes attendus. Redonnons à Dieu sa juste place dans notre vie. Au seuil de cette année liturgique, redisons avec Marie les paroles du psalmiste, ces paroles qu’elle a si souvent prononcées, qu’elle a vécues, et qui se sont accomplies en elle alors que prenait chair en son sein le Verbe de Dieu, l’Emmanuel, notre Sauveur ; avec elle, entrons dans la paix et le silence de ce temps si aimable : Vers vous j’ai élevé mon âme… je n’aurai pas à en rougir… Aucun de ceux qui vous attendent ne sera confondu. Amen.

Tag(s) : #homélies de Fontgombault

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