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Ce pain qui nourrit les foules…

Proposition de rencontre à partir des deux récits de multiplication des pains en Saint Marc (Mc 6, 30-44 et Mc, 8, 1-9) Le récit de la multiplication des pains a une place originale dans les évangiles : il est présent dans les 4 évangiles et il y a deux récits de multiplication des pains chez Marc et chez Matthieu. Ce récit a de fortes résonances. Il évoque la manne de l’exode, Il fait penser à la cène de Jésus. Il pose la question de l’universalité du message puisqu’il y a une multiplication des pains en milieu juif et en milieu païen. La rencontre peut se dérouler en deux temps : 1, Lecture des deux récits de multiplication en Saint Marc, 2, Echange en vous aidant des questions suivantes : - Quels sont d’après vous les éléments importants de ces récits : contexte, lieux, protagonistes, gestes, symboles etc… ? - A quels récits de la bible ou de l’évangile vous renvoie la multiplication des pains ? Quels sont les liens importants entre ces textes ? - Comment ces récits peuvent-ils nous aider à comprendre et à vivre aujourd’hui l’eucharistie ? Commentaires pour aider à la rencontre : Situation dans l’Evangile : Précédant la 1° multiplication, en Marc 6,14 : les 12 sont en mission puis un intermède relate le meurtre de Jean-Baptiste par le roi Hérode. La 1° multiplication se trouve en Mc 6,30-44. Jésus s’en va dans ‘un endroit désert, à l’écart’. 5000 personnes et plus abandonnent villes et villages pour le rencontrer et réussissent à le retrouver! L’endroit désert prend des allures de ville. Les pains multipliés permettent à cette grande foule de manger et il y a du surplus ! La 2° multiplication se trouve en Mc 8,1-9. Entre les 2 récits, les disciples traversent le lac et Jésus les rejoint en marchant sur les flots. A Gennésareth celui-ci discute avec les Pharisiens, avec les scribes puis avec la foule avant de s’entretenir avec ses disciples. Jésus part alors dans le pays de Tyr et de Sidon. Là, une païenne sollicite de Jésus la guérison de sa fille, ce qui provoque un entretien sur le pain : réservé aux juifs ou à tous ? C’est après la guérison du sourd-bègue que la deuxième multiplication est relatée. 1 Au fil du texte… Première multiplication des pains (Mc 6, 30 – 44) Versets 30 à 34. - 1 Jésus propose à ses apôtres revenus de mission de se mettre à l’écart et de se reposer. Il sort de la barque avec ses amis, il quitte l’intimité, le lieu de recueillement, de ressourcement Il semble vouloir fuir la foule qui l’importune mais Il ne peut échapper à celle-ci. Il voulait être seul mais la poursuite des foules l’en empêche. - 2 L’heure est tardive, le lieu désert : pour la foule qui a suivi Jésus, loin des villages et des fermes, la situation est semblable au désert de l’exode. - 3 Il vit, fut pris de pitié, se mit à les enseigner..... La retraite viendra après le service. Jésus aime la solitude mais n’est pas un solitaire. Il est extrêmement sensible à la souffrance de ses contemporains. Son attitude montre sa compassion pour la foule, sa sollicitude. Il est « pris aux entrailles » il est humain, semblable à nous (cf : fils prodigue, le débiteur gracié). Jésus a pitié car ces gens sont désorganisés, livrés à eux-mêmes et cette pitié se traduit par l’enseignement. Ce troupeau sans berger va se transformer en troupeau organisé grâce à la Parole qu’il va entendre, cette Parole capable de réunir, de rassembler. V 34 : « Il se mit à leur enseigner beaucoup de choses » Cf Sg 16, 26 la manne au désert // avec la Parole de Dieu. La foule est en attente, dans les épreuves...elle scrute un regard, une écoute, un soutien. Jésus, en enseignant, marche vers les autres. Il voit les yeux qui cherchent les siens. Il se laisse déranger, signe de sa bonté et de son amour. L’image du berger et du troupeau se rencontre fréquemment dans l’A.T. ex : Ez.34 au début de l’exil à Babylone. « Dieu va les faire paître dans un bon pâturage » - Psaume 23... « Tu es mon berger... sur des prés d’herbe fraîche... »-- Ex.15, 13 la manne dans le désert : Dieu est le berger qui conduit et nourrit son peuple. Cette image réunit l’idée du repos, le thème de la nourriture et le symbole du pasteur. Jésus se révèle le vrai berger de son peuple...mais il ne se contente pas de nourrir, il « éduque ». Versets 35 à 40. - 1 Les disciples tentent de se décharger sur Jésus : ils n’ont pas envie de se compliquer la vie. Ils ont peur des inévitables efforts à faire, d’avoir à déranger leur programme. Ils ne pensent qu’à renvoyer la foule à jeun, sans force, venue de loin. Ils ne pensent qu’à eux, se désolidarisent de la foule, sont comme des étrangers. Ils sont inconscients de leur devoir d’assistance mais Jésus les rappelle à l’ordre. - 2 Réponse surprenante : Jésus sait bien qu’ils n’ont pas assez de nourriture : celui-ci pousse ses amis à agir. - 3 Les disciples écoutent sans comprendre. Ils sont surpris et outrés par la réponse de Jésus...Il leur est impossible de réaliser son souhait. On ne peut trouver de nourriture dans un désert, synonyme d’aridité, de stérilité et de mort. - 4 Jésus donne des ordres aux disciples pour qu’ils prennent soin de la foule en s’inspirant de l’organisation du peuple au désert Ex18, 21-25__Nb 31, 14__Dt1, 15. Ils doivent devenir les intendants de Dieu. Cette foule est déjà le nouveau peuple de Dieu rassemblé par 2 son berger, les 12 sont alors présentés comme ses collaborateurs. Jésus associe ses disciples à son œuvre. Herbe verte : insolite dans un lieu désertique mais expression à résonnance biblique qui fait allusion au berger des psaumes qui conduit son peuple au repos. Jésus, très affecté, prend son temps en les faisant asseoir: Il ne les bouscule pas ! Il prend le temps de faire installer la foule. On ne partage pas un repas sans s’y préparer un minimum. On s’assied avec les autres pour écouter et échanger. Versets 40 à 44. - 1 Allure foncièrement liturgique où l’on reconnaît les 4 gestes que Jésus fera à l’instant solennel de l’institution de l’Eucharistie : prendre, bénir, rompre, donner pour qu’ils le distribuent. C’est la prière de louange et d’action de grâce des repas juifs. Dieu est remercié pour ses bienfaits. L’action de grâce de Jésus exprime une confiance absolue envers son Père. Rompre le pain constituait chez les juifs l’élément central d’un rite domestique. La bénédiction était primordiale, elle manifestait que l’on recevait de Dieu cette nourriture nécessaire à la vie.Ce récit préfigure la Cène, dernier repas avec les disciples. Jésus rassasie celui qui se nourrit de Lui. - 2 Autrefois le pain avait un rôle très symbolique et signifiait repas, richesse, bonheur, vie. Certaines expressions le rappellent : Pain partagé, Pain de l’amitié... Notons que la Bible prend souvent la nourriture physique comme illustration de l’enseignement de la Parole. Ce jour-là ce n’est pas le lac qui nourrit, mais Jésus qui captive d’abord par sa Parole. Ce passage nous montre la petitesse de l’homme livré à lui-même. On ne sait pas à quel moment précis les 5 pains sont multipliés : ce que l’on apprend c’est que Jésus, par l’intermédiaire des apôtres nourrit une grande foule et donne avec surabondance. Ici : 5 pains et 2 poissons pour 5000 personnes. Insistance sur les restes : 12 paniers...Ce surplus signifie le don sans limite. Deuxième récit de multiplication des pains (Mc 8, 1 – 9). - 1 ‘j’ai pitié’, ‘3 jours’, venus de loin’ : cette foule attendait sa présence et sa parole, sans se lasser. Absorbée par Jésus elle n’a pas pensé au repas. ‘Saisi’ : en hébreux, être pris de pitié implique le corps tout entier. Cœur, foie, poumon sont le siège des émotions et des sentiments. - 2 On ne peut trouver de nourriture dans un désert : les disciples sont perplexes et éberlués ; Jésus leur pose un problème insoluble. - 3 Dans les 2 multiplications Jésus prend la position du chef de famille comme dans un repas ordinaire. Jésus prêche l’Evangile du Royaume mais subvient aussi aux besoins des hommes, il répond à une attente, se met au service d’une foule qui se sent comprise, respectée, aimée. Aimer pour Jésus, c’est rejoindre l’autre. Marc insiste sur la formation des apôtres, Jésus leur apprend à élargir leur horizon, à s’ouvrir aux autres. Parallèle entre les 2 récits , leur actualité pour nous aujourd’hui. Les nombres énoncés sont différents d’une multiplication à l’autre. 5000 et 4000, 5 pains et 2 poissons contre 7 pains et quelques petits poissons, 12 paniers et 7 corbeilles. Le mot panier est juif alors que le terme corbeille est grec : ce qui impliquerait bien 2 multiplications. 1° terroir palestinien judéo-chrétien 2° pagano-chrétien. 3 Notons également que ‘Il prononça la bénédiction’ expression typiquement juive alors que ‘Il rendit grâce’ est plutôt grecque. Peut-être néanmoins, à l’origine, une seule tradition qui s’est diversifiée. Dans la 2° multiplication : le récit avance, il a lieu ici en terre païenne. Les restes : la nourriture distribuée est inépuisable dans les 2 cas. Les 2 récits sont courts et très sobres et cependant d’une grande portée. La multiplication des pains fut très importante pour les premiers chrétiens ; elle préfigure la Cène, dernier repas avec les disciples, établissant le rite de l ‘Eucharistie. Les bénéficiaires sont les foules, image de l’humanité. Les hommes savent depuis toujours que les repas constituent le moyen le plus fort pour donner corps à une communauté. Signe des pains : nourrir la foule et révéler qui est Jésus. Ouverture à une mission universelle : c’est la leçon qui se dégage de ces 2 récits. Richesse de ce texte rempli de rapprochements avec les écrits du judaïsme. Références au psaume 23, à Ez., à l’Ex., au livre de la Sg. Manger, dans la Bible signifie qu’on est bel et bien vivant. PAIN : symbole de nourriture essentielle 7 : utilisé 77 fois dans l’A.T..7 prêtres à Jéricho, 7 trompettes, 7 tours de ville, 7 jours de la création. Les 7 était le petit groupe autour duquel fut organisée la communauté des chrétiens grecs de Jérusalem(Ac6) Les 7 furent les 1° à avoir évangélisé des païens. 12 = apôtres qui accueillent, agissent, donnent. Nouveau trésor à partager...12 tribus d’Israël...puis l’humanité. 5 pains : encore soumis aux 5 livres de la loi 2 poissons : nourris par les prophètes et par Jean-Baptiste. 5+2=7=chiffre des païens Que nous dit ce texte, quelle réflexion provoque-t-il ? 2 grandes lignes d’interprétation : 1° enseignement, sur le ministère apostolique ; Jésus forme ses disciples, il leur apprend leur mission. 2° enseignement, sur Jésus lui-même, pasteur dont la mission est de rassembler, d’instruire et de nourrir son peuple. Le signe du pain multiplié évoque l’enseignement de Jésus pour nourrir la foi. On pourrait longuement discuter sur la véracité de ce récit mais la bible dit que c’est un miracle, donc on ne cherche pas le pourquoi du comment : par la foi nous croyons ! Rien n’est impossible à Dieu. Il faut retenir que Jésus est au-dessus des lois naturelles et par ce miracle il démontre qu’il est l’égal du Père (// avec la manne dans le désert). Il enseigne les âmes dans la journée et nourrit physiquement le soir. Notons que la Bible prend souvent la nourriture physique comme illustration de l’enseignement de la Parole. Ce jour-là ce n’est pas le lac qui nourrit, mais Jésus qui captive d’abord par sa Parole. Ce passage nous montre la petitesse de l’homme livré à lui-même : Derrière un miracle il y a un enseignement spirituel à comprendre. La multiplication des pains n’est pas seulement un miracle extraordinaire, c’est d’abord un signe, un symbole : symbole de ce que fait une communauté quand elle s’assemble autour du pasteur. Les pains qui vont rassasier la foule 4 de Galilée préfigurent la rencontre, l’union entre le Christ et son Eglise, réalisée grâce à l’écoute de la Parole et au pain de l’Eucharistie. Ce miracle invite le chrétien à être un vrai disciple. Comment nous comportons-nous devant la foule dans notre désert spirituel ? S’asseoir avec les autres, écouter, partager. Donnez-leur vous-mêmes : Jésus parle à ses disciples mais il s’adresse aussi à nous : il nous encourage à donner « à manger » à autrui à se mettre à la portée des gens. Les missionnaires ne peuvent pas se refuser à la foule et ils ont toujours quelque chose à faire pour elle. On se sent dépassé par les besoins de notre société (lassitude, faiblesse morale, physique, spirituelle) C’est dans le présent que nous pouvons rencontrer autrui, agir, répondre aux attentes de nos proches. Ne pas passer son temps à regarder les heures défiler. L’Eglise se reconnaît dans ce récit : elle y découvre ce qu’elle est...ce que ns devrions être. Prenons la route. Pour prier : Toi que nous plaçons loin dans le ciel Mais que nos mains cherchent comme à tâtons… Comment es-tu le pain sur la table du repas ? Pourquoi es-tu le vin de nos fêtes humaines ? Comment es-tu le fruit de nos coteaux et de nos plaines, La sueur de nos fronts, le prix de nos échanges, La part que j’ai donnée, celle que je reçois, Ce qui est partagé et ce qui est réuni ?... Et la vie venue de toi a fait naître un univers nouveau, Le sang versé coule aux artères du grand corps du ressuscité, La joie s’épanche en hymnes pascales, La paix rassemble les frères Et s’en reviennent les communiants enfin devenus Eucharistie !

(Extrait du parcours catéchuménal MATINS D’EVANGILE )

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