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SUR L'AMOUR DE DIEU

Crainte et tremblement saisissent mon âme quand je désire écrire sur l’amour de Dieu. Mon âme est pauvre et sans force pour décrire l’amour du Seigneur. L’âme est dans la crainte, mais, en même temps, elle aspire à écrire au moins quelques mots sur l’amour du Christ. Les écrire est écrasant pour mon esprit, mais l’amour m’y contraint.

Quand la grâce est en nous, notre esprit s’enflamme et s’élance vers le Seigneur jour et nuit, car la grâce unit l’âme à Dieu dans l’amour ; elle l’aime et ne veut pas s’arracher à lui, car elle n’arrive pas à se rassasier de la douceur du Saint-Esprit. Et il n’y a pas de fin à l’amour de Dieu.

 Je connais un homme que le Seigneur a visité de sa grâce. Si le Seigneur lui avait demandé : « Veux-tu que je te donne une grâce plus abondante encore ? », à cause de la faiblesse de sa chair il lui aurait répondu : « Tu vois, Seigneur, que si tu me donnes davantage, j’en mourrai. » Car l’homme est limité et ne peut supporter la plénitude de la grâce.  

Amour et Larmes 

Seigneur miséricordieux, que ton amour pour moi, pécheur, est grand ! Tu m’as donné de te connaître ; tu m’as donné de goûter ta grâce. « Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon » (Ps 33,9). Tu m’as donné de goûter ta bonté et ta miséricorde, et insatiablement, jour et nuit, mon âme est attirée vers toi. L’âme ne peut oublier son Créateur, car l’Esprit divin lui donne les forces d’aimer celui qu’elle aime ; elle ne peut s’en rassasier, mais désire sans trêve son Père céleste.  

Bienheureuse l’âme qui aime l’humilité et les larmes, et qui hait les pensées mauvaises.  

Bienheureuse l’âme qui aime son frère, car notre frère est notre propre vie.  

Bienheureuse l’âme qui aime son frère : elle sent en elle la présence de l’Esprit du Seigneur ; il lui donne paix et joie, et elle pleure pour le monde entier.  

Mon âme s’est souvenue de l’amour du Seigneur, et mon cœur s’est réchauffé. Mon âme s’est abandonnée à une profonde lamentation, car j’ai tant offensé le Seigneur, mon Créateur bien-aimé. Mais il ne s’est point souvenu de mes péchés ; alors mon âme s’est abandonnée à une lamentation encore plus profonde pour que le Seigneur ait pitié de chaque âme et la prenne dans son Royaume céleste.  

Et mon âme pleure pour le monde entier. Je ne puis me taire sur le peuple que j’aime jusqu’aux larmes. Je ne puis garder le silence, car mon âme souffre continuellement pour le peuple de Dieu, et, avec des larmes, je prie pour lui. Je ne puis, frères, ne pas vous proclamer la miséricorde de Dieu et les ruses de l’Ennemi.  

L’Amour du Prochain  

Si l’on pense du bien de son frère et que le Seigneur l’aime, et particulièrement si tu penses que le Saint-Esprit vit dans son âme, tu es proche de l’amour de Dieu. La grâce vient de tout ce qui est bon. Mais elle vient surtout de l’amour pour nos frères.  

Mon âme souffre et je verse des flots de larmes : j’ai compassion des hommes qui ne connaissent pas la douceur de l’humble attendrissement du cœur. Mon âme a un grand désir : que la miséricorde du. Seigneur soit avec tous les hommes, afin que le monde entier, tous les hommes sachent avec quelle tendresse le Seigneur nous aime, comme ses enfants très chers.  

Quarante ans se sont écoulés depuis que la grâce du Saint-Esprit m’a appris à aimer les hommes et toute la création ; elle m’a aussi dévoilé les ruses de l’Ennemi qui, par tromperie, accomplit son mal dans le monde.  

L’Amour est hors du Temps  

L’amour n’est pas soumis au temps, il garde toujours sa force. Certains hommes pensent que le Seigneur a souffert par amour pour les hommes, mais comme ils ne trouvent pas cet amour dans leur âme, il leur semble que cela a eu lieu dans un lointain passé. Mais quand l’âme connaît l’amour divin par le Saint-Esprit, elle ressent clairement que le Seigneur est un Père pour nous, qu’il est notre parent le plus proche et le plus intime.  

Amour et Joie  

Il n’y a pas de félicité plus grande que d’aimer Dieu de toute son intelligence, de tout son cœur et de toute son âme, ainsi que l’a commandé le Seigneur, et son prochain comme soi-même. Lorsque cet amour remplit l’âme, tout la réjouit ; mais quand il se perd, l’homme ne trouve pas de repos, il se trouble et accuse les autres de l’avoir offensé. Il ne comprend pas que c’est lui le coupable : il a perdu l’amour de Dieu, il a jugé ou haï son frère. La grâce vient de l’amour pour notre frère, et c’est par l’amour pour notre frère qu’on la garde. Mais si nous n’aimons pas notre frère, la grâce divine ne viendra pas dans notre âme.  

Les Degrés de l’Amour de Dieu 

Je voudrais dire quelques mots, pour autant que la grâce divine me le permette, sur les degrés de l’amour divin. Lorsque l’homme craint d’offenser Dieu par quelque péché, c’est le premier degré d’amour. Celui dont l’esprit n’est pas troublé par les pensées, se trouve au second degré d’amour, plus élevé que le premier. Au troisième degré, plus élevé encore, l’homme perçoit nettement la grâce dans son âme. Enfin, lorsqu’un homme porte la grâce du Saint-Esprit aussi bien dans son corps que dans son âme, c’est l’amour parfait. Le corps de celui qui garde cette grâce deviendra une relique ; c’est le cas des saints martyrs, des prophètes, des saints ascètes et d’autres grands saints.  

Celui qui demeure à ce degré n’est plus séduit par l’amour d’une jeune fille qui, d’ordinaire, ravit tout le monde, car la douceur de l’amour divin fait oublier à l’âme tout ce qui est terrestre. La grâce du Saint-Esprit porte l’âme à aimer le Seigneur totalement, et, dans cette plénitude de l’amour pour le Seigneur, l’âme est détachée du monde, bien qu’elle vive encore sur terre.  

Nous sommes fiers de notre intelligence, et c’est pourquoi nous ne pouvons pas demeurer dans cette grâce. Elle s’éloigne de l’âme, et alors l’âme a soif d’elle, et avec des larmes elle la cherche à nouveau. Elle pleure et se lamente, et elle crie vers le Seigneur : « Dieu miséricordieux, tu vois la tristesse de mon âme et comme je languis après toi. »  

Il n’y a pas sur terre d’homme aussi doux et plein d’amour que notre Seigneur Jésus Christ. En lui est notre joie et notre allégresse. Aimons-le, il nous introduira dans son Royaume et nous verrons sa gloire.  

Celui qui craint le péché aime Dieu ; celui qui éprouve un sentiment d’humble attendrissement, aime davantage ; celui qui a dans l’âme lumière et joie, aime plus encore ; mais celui qui porte la grâce dans le corps et dans l’âme a atteint l’amour parfait. Telle est la grâce que le Saint-Esprit donnait aux martyrs, et elle les aidait à supporter toutes les souffrances.  

Donner aux Pauvres  

Un jour de Pâques, après les vêpres célébrées dans la grande église de l’Intercession de la Sainte Vierge, je revenais chez moi au moulin. Sur le chemin se tenait un ouvrier. Lorsque je m’approchai de lui, il me pria de lui donner un œuf. Je n’en avais pas, mais retournai au monastère ; je pris deux œufs chez mon père spirituel, et en donnai un à l’ouvrier. Il me dit : » Nous sommes deux. » Je lui donnai aussi l’autre, et quand je m’éloignai de lui, je me mis à pleurer par compassion pour tous ceux qui sont pauvres, et j’eus pitié du monde entier et de toute créature.  

Une autre fois, à Pâques également, j’allais de la porte principale du monastère aux bâtiments de la Transfiguration et je vois venir à ma rencontre, en courant, un petit garçon d’environ quatre ans, au visage joyeux – la grâce divine égaye les enfants. J’avais un œuf et le lui donnai. Cela lui fit plaisir, et il courut vers son père pour lui montrer son cadeau. Et pour cette bagatelle, je reçus de Dieu une immense joie. Je fus saisi d’amour pour chaque créature de Dieu, et l’Esprit divin se fit entendre dans mon âme. Revenu chez moi, je priai longuement avec des larmes, par compassion pour le monde entier.  

L’Amour de la Création  

Il faut avoir un cœur compatissant et aimer non seulement les hommes, mais encore respecter toute créature, tout ce qui a été créé par Dieu. Sur l’arbre, tu as vu une feuille verte, et, sans nécessité, tu l’as arrachée. Certes, ce n’est pas un péché. mais tout de même mon cœur s’attriste. Le cœur qui aime a compassion pour toute créature. Mais l’homme, quelle créature sublime ! Si tu vois qu’il s’est égaré et qu’il se perd, prie pour lui et pleure, si tu le peux ; mais si tu ne le peux pas, alors soupire au moins pour lui devant Dieu. Le Seigneur aime l’âme qui agit ainsi, car elle devient semblable à lui.  

L’Amour des Ennemis  

À moins de prier pour les ennemis, l’âme ne peut pas avoir de paix. L’âme à laquelle la grâce de Dieu a enseigné à prier, aime avec compassion toute créature, et tout particulièrement l’homme. Sur la Croix, le Seigneur a souffert pour les hommes, et son âme a été dans l’agonie pour chacun de nous.  

Le Seigneur m’a appris l’amour des ennemis. Privés de la grâce divine, nous ne pouvons pas aimer les ennemis, mais l’Esprit Saint apprend à aimer ; et alors on aura de la compassion même pour les démons, car ils se sont détachés du bien, ils ont perdu l’humilité et l’amour de Dieu.  

Je vous en supplie, faites un essai. Si quelqu’un vous offense, ou vous méprise, ou vous arrache ce qui vous appartient, ou persécute l’Église, priez le Seigneur en disant : » Seigneur, nous sommes tous tes créatures ; aie pitié de tes serviteurs et tourne-les vers le repentir. » Alors, tu porteras perceptiblement la grâce dans ton âme. Au commencement, force ton cœur à aimer tes ennemis ; le Seigneur, voyant ta bonne intention, t’aidera en tout, et l’expérience elle-même t’instruira. Mais celui qui pense du mal de ses ennemis, l’amour de Dieu n’est pas en lui, et il n’a pas connu Dieu.  

Quand tu prieras pour tes ennemis, la paix viendra sur toi ; et lorsque tu aimeras tes ennemis, sache qu’une grande grâce divine vit en toi ; je ne dis pas qu’elle soit déjà parfaite, mais elle est suffisante pour le salut. Si, par contre, tu injuries tes ennemis, c’est le signe qu’un esprit mauvais vit en toi et qu’il introduit dans ton cœur de mauvaises pensées ; car, comme l’a dit le Seigneur, c’est du cœur que jaillissent les bonnes ou les mauvaises pensées.  

L’Amour de Mère de Dieu  

Voici ce que pense mon âme : si moi, qui aime si peu mon Dieu, j’ai une si forte nostalgie du Seigneur, quelle devait être l’affliction de la Mère de Dieu lorsqu’elle resta sur la terre après l’Ascension du Seigneur. Elle ne nous a pas confié par écrit l’affliction de son âme, et ce que nous savons de sa vie terrestre n’est que peu de chose ; mais il faut admettre que nous ne pouvons saisir la plénitude de son amour pour son Fils et son Dieu.  

Le cœur de la Mère de Dieu, toutes ses pensées et toute son âme étaient occupés du Seigneur ; mais il lui fut donné quelque chose d’autre encore : elle aimait les hommes et priait ardemment pour eux, pour les nouveaux chrétiens, demandant que le Seigneur les fortifie ; elle priait pour le monde entier afin que tous les hommes soient sauvés. Cette prière était sa joie et sa consolation sur la terre.  

Nous ne comprenons pas dans sa plénitude l’amour de la Mère de Dieu, mais nous savons que –  

Plus grand est l’amour, 
plus grandes sont les souffrances de l’âme ;
Plus complet est l’amour, 
plus complète est la connaissance ; 
Plus brûlant est l’amour, 
plus ardente est la prière ; 
Plus parfait est l’amour, 
plus sainte est la vie.  

Aucun de nous ne parvient à la plénitude de l’amour de la Mère de Dieu, et nous avons besoin du repentir d’Adam. Mais nous saisissons en partie cet amour, comme il nous est révélé dans l’Église par le Saint-Esprit.  

Le Saint-Esprit et l’Amour  

Le Seigneur nous a donné, à nous pécheurs, le Saint-Esprit, sans nous demander aucun paiement ; mais à chacun de nous, comme à l’apôtre Pierre, il dit : « M’aimes-tu ? » (cf. Jn 21,15-17). Ainsi le Seigneur n’attend de nous que l’amour, et il se réjouit lorsque nous venons à lui. Voici la miséricorde du Seigneur pour l’homme : dès que l’homme cesse de pécher et qu’il s’humilie devant Dieu, le Seigneur lui pardonne tout et lui donne la grâce du Saint-Esprit et la force de vaincre le péché.  

Le Seigneur a donné l’Esprit Saint sur la terre, et c’est par l’Esprit Saint que l’Eglise a été affermie. Le Saint-Esprit ne nous a pas seulement dévoilé ce qui est sur terre, mais aussi ce qui est au Ciel. Par le Saint-Esprit nous avons connu l’amour du Seigneur. L’amour du Seigneur est ardent. Les saints apôtres étaient remplis d’amour, ils ont parcouru le monde entier et leur esprit n’avait de cesse que tous les hommes connaissent le Seigneur. Les prophètes, ces hommes aimés de Dieu, furent inspirés par le Saint-Esprit, et c’est pourquoi leur parole était puissante et agréable, car toute âme désire entendre la parole du Seigneur.  

Ô ! miracle. Même moi qui suis un si grand pécheur, le Seigneur ne m’a pas méprisé, mais il m’a donné de le connaître par le Saint Esprit.  

Donne-moi, Seigneur, un esprit humble pour que je te rende toujours grâce d’avoir envoyé sur la terre le Saint-Esprit. Et je me souviens de lui. Il m’aide lui-même à me souvenir constamment de lui.  

Ô Esprit Saint ! Ô Grand Roi ! Que te donnerai-je en retour, moi qui ne suis que terre et péché ? Tu m’as révélé un mystère insondable ; tu m’as donné de connaître le Seigneur, mon Créateur ; tu m’as fait connaître de quel immense amour il nous aime.  

D’une manière insaisissable, le Saint-Esprit donne la connaissance à l’âme. Dans le Saint-Esprit l’âme trouve le repos. Le Saint-Esprit réjouit l’âme et la remplit d’allégresse sur terre. Quelle joie et quelle allégresse y aura-t-il donc au Ciel ? Par le Saint-Esprit, nous avons appris à connaître l’amour de Dieu, mais là-haut il sera parfait. Ô ! quel homme faible je suis ! J’ai seulement connu l’amour de Dieu dans sa perfection, mais je n’arrive pas à l’acquérir. Chaque jour mon âme pleure, et je pense sans cesse : « Je n’ai pas encore obtenu ce que recherche mon âme. » 

Extrait du livre de l’archimandrite Sophrony,
Starets Silouane, Moine du Mont Athos 1866-1938, 
Éditions Présence, 1973. pp. 328-350, passim

 

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