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JE SUIS LE PAIN DE VIE

 

 Jean 6, 41-51 a

 

 

 

 

après avoir multiplié les pains, Jésus a été suivi par une foule nombreuse de l'autre côté de la mer de Tibériade jusqu'à Capharnaüm et dans la synagogue, la foule se presse autour de Lui. Jésus reproche à cette foule de ne s'intéresser qu'à la nourriture du corps et Il essaie de tourner leur regard vers la gratuité de Dieu. Aujourd'hui Jésus continue à faire naître en son cœur ce qui est véritablement le mystère qu'Il veut lui communiquer.

Pour cela Jésus prend une comparaison : "Je suis le pain !" A différentes reprises Jésus a dit : "Je suis la vigne, je suis le Berger, je suis l'Agneau de Dieu". Aujourd'hui Il prend comme point de comparaison pour définir son rôle, son être, sa présence parmi les hommes, le pain. Le pain c'est-à-dire l'aliment par excellence. Le pain, l'aliment, ce qui par la manducation, la nutrition, la digestion se transforme en notre propre substance de telle sorte que notre propre chair se trouve renouvelée, fortifiée, vivifiée. Par là même Jésus veut manifester à quelle profondeur il veut s'unir à nous. Il veut devenir le fond de notre être, notre propre substance de telle sorte que nous puissions dire avec saint Paul : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi !"

Pain qui non seulement vient s'incorporer à notre propre substance, mais qui par là même donne la vie car Jésus n'est pas un pain ordinaire. Il n'est pas simplement un pain qui alimente notre vie, il est le pain vivant, c'est-à-dire qu'il est lui-même la vie. Car il est en communion avec le Père, source infinie, unique, éternelle de toute vie d'où découle toute vie, sans cesse, dans le monde, à travers Jésus qui est l'image du Père, qui est l'envoyé du Père, qui est le don du Père. Et cette comparaison que Jésus choisit entre lui-même et le pain qui fortifie notre corps, qui vivifie notre vie, cette comparaison n'est pas une simple image. Les dernières paroles que nous lisions il y a un instant nous disent : "Le pain que Je vous donnerai, c'est ma chair", ma propre chair. C'est réellement ma chair "pour la vie du monde". C'est donc bien le mystère de l'eucharistie que déjà Jésus laisse entrevoir dans ce discours du pain de vie, dans la synagogue de Capharnaüm après la multiplication des pains.

Le passage de ce jour insiste plus particulièrement sur le don de la vie, d'une vie qui ne finit pas, d'une vie éternelle. "Celui qui mange ce pain vivra à jamais et Moi je le ressusciterai au dernier jour. Vos pères ont mangé la manne et ils sont morts." Ce n'était pas un pain ordinaire, c'était un pain miraculeusement donné par Dieu, venu du ciel, "Pourtant ils ont mangé la manne et ils sont morts. Mais celui qui mange ce pain que je suis, ne mourra pas." Celui qui mange ma chair, l'eucharistie vivra éternellement. Ce pain est semence de la Résurrection. C'est un aspect capital de l'eucharistie. Nous savons bien que, dans l'eucharistie, Jésus au moment de souffrir, nous a donné réellement son corps livré pour nous, son sang versé pour nous, ce corps qui, quelques heures plus tard serait crucifié, ce sang qui coulerait du côté ouvert du Christ sur la croix. Par l'eucharistie, nous communions au sacrifice pascal du Christ sur la croix. Mais précisément ce sacrifice de la croix, c'est la Pâque du Christ, la Pâque c'est-à-dire son passage à travers la mort, sa traversée de la mort. Pour nous, Jésus s'est offert en sacrifice, Il est mort, mais cette mort Il l'a traversée, Il est passé à travers elle, réellement, mais pour la dépasser, "pour passer de ce monde à son Père", pour se relever d'entre les morts pour ressusciter vivant le troisième jour.

Et quand nous communions au Christ dans le pain et le vin, dans le sacrement qui nous est offert, c'est au Christ offert en sacrifice dans le geste du plus grand amour, mais au Christ offert en sacrifice, vainqueur à travers ce sacrifice, au Christ qui est mort mais qui est ressuscité d'entre les morts. Et aujourd'hui le Christ est vivant et Il ne meurt plus. Et le Christ que nous recevons dans le pain et le vin, c'est le Christ ressuscité, c'est le Christ vivant éternellement. Par sa résurrection Jésus est passé de ce monde à son Père et Il est passé de ce monde à son Père dans la réalité de sa chair humaine. Il ne s'agit pas d'une survie spirituelle, il ne s'agit pas d'une résorption du Christ dans sa divinité, mais charnellement, physiquement, humainement que le Christ est ressuscité. C'est son corps qui s'est levé du tombeau et c'est son corps qui est vivant pour toujours. Le Christ n'est donc pas dans un autre monde. Le Christ est le germe du monde nouveau. Et ce monde nouveau n'est pas à chercher ailleurs, au-delà de je ne sais quelle galaxie. Ce monde nouveau se construit mystérieusement au cœur de notre monde pour pouvoir, un jour, le faire éclater comme un fruit mûr et que le cœur de ce fruit du monde nouveau dont Jésus est la première pierre et le premier élément, ce monde nouveau puisse se manifester et devenir tout en tous.

Jésus ressuscité est, dans sa chair, le point de départ d'un univers nouveau. Un univers nouveau auquel nous sommes tous appelés, car tous nous devons ressusciter avec le Christ. Non point maintenant comme par privilège pour la vierge Marie, mais au dernier jour. Et de cette résurrection du dernier jour, par laquelle notre propre corps, notre propre chair et toute la chair du monde, toutes les étoiles, tous les animaux et toutes les réalités physiques du monde seront transformées, ressuscitées, de cette résurrection saint Paul nous affirme que "la Création attend la manifestation de la Résurrection des fils de Dieu". Cette résurrection par laquelle tout se lèvera est déjà réalisée dans la chair du Christ Jésus.

Et par l'eucharistie, Jésus prend un peu de pain, un peu de vin, ces réalités tout ordinaires, modestes, toutes simples de notre monde actuel, ce pain qui est la chose la plus courante, ce vin qui est une boisson habituelle, au moins pour les peuples de la Méditerranée dans lesquels Jésus a vécu, ce pain et ce vin, réalités de notre monde, sont transformées en son corps et en son sang, son corps et son sang ressuscité qui ne sont plus de ce monde, qui sont déjà du monde nouveau. Et ainsi, dans le calice, sur la patène, il y a, à travers les apparences, déjà la présence ce monde nouveau. Et en recevant ce pain, en buvant à cette coupe, c'est le corps ressuscité et le sang ressuscité du Christ, prémices du monde nouveau, que nous recevons. Ainsi ce monde nouveau commence à vivre en nous. Ainsi au fond de notre propre cœur, de notre propre chair, quelque chose de ce monde de la Résurrection déjà est ressuscité. Il y a déjà en nous la résurrection qui est à l'œuvre, qui est en marche. En communiant, nous entrons déjà au paradis. En communiant, nous sommes déjà associés au Christ vivant pour toujours, éternellement ressuscité.

C'est pourquoi le repas de l'eucharistie n'évoque pas seulement cette dernière cène où à la veille de souffrir Jésus a donné son corps et son sang offert en sacrifice, mais aussi ses repas avec le Christ Ressuscité. Quand le Christ se lève d'entre les morts quand Il se manifeste, quand Il apparaît à ses disciples, c'est toujours dans le cadre d'un repas, c'est toujours pour partager avec eux le pain et le vin, qu'il s'agisse des disciples d'Emmaüs, qu'il s'agisse des apôtres au cénacle, qu'il s'agisse de ces mêmes apôtres au bord du lac de Tibériade. L'eucharistie commencée la veille de sa mort, Jésus la renouvelle au lendemain de sa Résurrection et elle ne cesse plus de construire peu à peu le monde nouveau au cœur de notre monde ancien de telle sorte qu'au dernier jour, tout l'édifice intérieur se sera invisiblement mis en place à coup d'amour, à coup d'eucharistie, à coup de présence du Christ, peu à peu se sera construit cet édifice et le monde ancien, comme un échafaudage qui entoure la construction nouvelle, n'aura plus qu'à s'effondrer pour qu'apparaisse la vérité de l'univers nouveau.

En communiant au pain et au vin qui sont le corps et le sang du Christ, recevons en nous le germe de la vie éternelle, recevons le germe de la Résurrection. Mettons-nous debout car nous sommes, dès maintenant, vivants de la vie même du Christ.

AMEN

  Frère Jean-Philippe REVEL

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