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GRÉGOIRE DE TOURS,  PÈRE DE L’HISTOIRE DE FRANCE  (vers 538 - 594)

 

 

GRÉGOIRE DE TOURS est l'un des successeurs de saint Martin et le dix-neuvième évêque de Tours. Il est connu en tant qu’historien grâce en particulier à son « Histoire des Francs » qui lui a valu son surnom de « Père de l’Histoire de France ». Il peut être considéré comme un tourangeau d’adoption car même s’il est né en Auvergne, il a vécu vingt et un ans en Touraine. Habile médiateur à la carrure de chroniqueur, il nous apporte son témoignage sur la société et l'époque mérovingiennes ainsi que sur l'histoire de l'Église de Tours.

 

Sa biographie :

Grégoire de Tours est né le 30 novembre 539 ou 538 dans le territoire des Arvernes, dans la ville qui deviendra Clermont-Ferrand. Il s'appelait Georgius Florentius Gregorius ; ses deux premiers prénoms, Georges Florent, sont ceux de ses père et grand-père paternel auxquels Grégoire a été rajouté, en souvenir de son arrière grand-père, Grégoire de Langres qui fut conte de Langres puis évêque de Langres. Sa famille native d'Auvergne, était l'une des plus célèbres familles sénatoriales et cléricales de cette province.

Son père Florentius est sénateur d'Auvergne. Possédant une solide richesse foncière, il verra ses biens pillés lors de la répression après la révolte de la noblesse arverne contre le roi franc. Il réussira à récupérer ses biens pour les léguer à ses trois enfants, Petrus, diacre à Langres, Georges Florent Grégoire, notre futur évêque de Tours et une fille épouse de Justinius. Un des frères de Florentius, Gallus, était évêque de Clermont-Ferrand de 525 à 551. Il servait une deuxième génération de rois francs d’Austrasie, dirigée par Childebert II et dont la capitale fut d’abord Reims, puis Metz. Ce royaume rivalisait avec ceux de Neustrie, future Normandie, dirigée par Chilpéric et dont la capitale était Soissons, et de Burgondie franque dont la capitale était Orléans, puis Chalons. Dans cette dernière, des parents de Grégoire étaient évêques comme à Langres et à Lyon.

Sa mère, Armentaria, était une femme pieuse. Elle descendait de Vettius Epagathus, l’un des martyrs de Lyon en 177 et de Léocadius, grand sénateur. Son oncle Nicetius fut évêque de Lyon, un autre Gundulfris reconquit Marseille pour Childebert II. Elle sut transmettre sa foi à GRÉGOIRE DE TOURS qui, très tôt, voulut rentrer dans les ordres.

GRÉGOIRE DE TOURS est élevé dans une ambiance religieuse très forte, assistant à des pèlerinages, des narrations de miracles, de vie de martyrs… Dès l’âge de sept ans, il a des visions miraculeuses que ses parents ne mettent pas en doute. Que ce soit du côté paternel ou maternel, il avait pour ancêtres, une famille de sénateurs et d’évêques. Ceci peut expliquer en partie, son attrait pour la religion et les études.

Orphelin de père à dix ans, il est confié par sa mère à son oncle paternel, Gallus, évêque de Clermont. Il lui servit de père et lui inspira le goût des livres ecclésiastiques. GRÉGOIRE DE TOURS est un fervent défenseur des saints et des reliques. Devenu lecteur puis sous-diacre, il perfectionne ses connaissances avec son grand-oncle maternel, évêque de Lyon, NICETIUS (saint Nizier). En 563, il vient à Tours, pour faire un pèlerinage au tombeau de saint Martin, pour recouvrer la santé. Guéri, sa foi n'en est que confirmée. II retrouve à Tours un parent de sa mère, l'évêque EUPHRONIUS et décide de rester dans cette ville. Il est alors ordonné diacre en 563. Il ne connaît rien de plus naturel que le surnaturel.

Quand l'évêque de Tours, son cousin EUFRONIUS, meurt en 573, GRÉGOIRE DE TOURS est désigné par le roi d'Austrasie, SIGEBERT, pour lui succéder. II est sacré évêque de Tours à Reims en 573. C’est GRÉGOIRE DE TOURS qui précise lui-même cette date, en écrivant au sujet de son ordination :

« La cent soixante douzième année après la mort du bienheureux pontife Martin, la douzième du règne du très glorieux roi Sigebert, l’évêque Eufronius étant mort, je reçus quoiqu’indigne le fardeau de l’épiscopat, (…) » (GRÉGOIRE DE TOURS, Miracles de saint Martin, cité par Charles LELONG, Grégoire de Tours, page 20)

Mais SIGEBERT, roi de Reims, a des ennemis en particulier son frère, CHILPÉRIC Ier, roi de Soissons qui voudrait prendre sa place. Les autres évêques contestent la nomination de l'évêque de Tours, par le roi et non par le pouvoir ecclésiastique. Mais GRÉGOIRE DE TOURS a aussi été nommé par le peuple qui l'apprécie déjà et malgré les divergences d'opinions, il restera évêque. Sa foi tient de la passion sans limites, d'une ardeur irrationnelle et son talent de prédicateur l’a certainement aidé à être choisi. Pour lui, « Les rois sont donnés aux peuples par la faveur divine. » (Charles LELONG, Grégoire de Tours, page 39) donc il s’en remet à la justice céleste.

Venance FORTUNAT, poète qui rédigea la vie de sainte Radegonde et deviendra évêque de Poitiers, est un ami de GRÉGOIRE DE TOURS ; il a voulu célébrer en vers, l'intronisation de cet évêque :

« Battez des mains, heureux peuples, qui possédez enfin l'objet de vos désirs ;
Votre Pontife est arrivé ; rendez à Dieu vos actions de grâces.
Voici venu l'espoir du troupeau, le père du peuple, l'ami de la cité.
Que les brebis se réjouissent, elles possèdent un pasteur.
Leurs regards inquiets, leurs vœux louables le demandaient.
Qu'elles le contemplent ! il est venu : que leur allégresse lui fasse fête !
Son mérite, sa modestie lui ont conquis les droits du sacerdoce.
Il se nomme Grégoire : l'évêque de la ville, le Pasteur du troupeau...
La main vénérable du pontife Egidius l'a consacré au Seigneur,
Pour qu'il soit la joie du peuple, pour qu'il soit aimé de Radegonde...
Plein d'allégresse, il marchera sous les clefs de Pierre, au milieu des dogmes de Paul,
Jusqu'aux chœurs célestes qu'environne une lumière éblouissante..
Par les mérites de Martin, pendant de longues années, ô Grégoire,
Pais à Tours le troupeau dont tu es le pasteur.
Sois le guide des conciles sacrés, la règle des fidèles ;
Que par ton exemple l'honneur acquis déjà s'accroisse encore ;
Que tes discours donnent aux peuples la lumière évangélique,
Et qu’en toi brillent tous les dons du ciel. »

Sa vie d’évêque :

GRÉGOIRE DE TOURS en tant qu’évêque, a fréquenté les hauts personnages de son époque, notamment les rois mérovingiens, jouant un rôle diplomatique certain lorsqu’il donnait son avis. Sujet de Sigebert, roi de Reims, qui le fit élire évêque de Tours, il fut ensuite celui de CHILPÉRIC, roi de Soissons et de GONTRAN, roi de Bourgogne. Il a exercé ses missions d’évêque et d’historien avec vigueur et a présidé pendant vingt-et-un ans aux destinées de son église. Son évêché était important, comprenant trente-quatre paroisses rurales, six monastères ruraux, quatre oratoires ruraux, deux ermitages, ceux de Chinon et de Marmoutier. À Tours, il existait trois églises proches des bords de la Loire, Saint-Lidoire, Sainte-Monegonde et Saint-Julien. Dans le futur vieux Tours, Saint-Martin était entouré d’un faisceau d’églises proches. Les partages ecclésiastiques ont souvent démembré la province ecclésiastique, par exemple après la mort de CHILPÉRIC, la Touraine fut cédée à CHILDEBERT et les autres cités proches ne purent être réunies qu’en 592. GRÉGOIRE DE TOURS essaya de gérer au mieux les biens de l’église.

Il observe les rivalités et les guerres qui se succèdent à son grand désespoir : guerres opposant les rois mérovingiens CHILPÉRIC Ier et SIGEBERT, CHILPÉRIC et MÉROVÉE, son fils. Il défend les droits de saint Martin contre la sauvagerie des descendants de Clovis. Il faudra attendre la mort de CHILPÉRIC pour que la paix revienne enfin. GRÉGOIRE DE TOURS a cherché à intervenir en médiateur entre les différents prétendants, à la recherche de la paix. Il a joué un rôle politique auprès des petits-fils de CLOVIS, les rois CHILPÉRIC et GONTRAN. À la fin de sa vie, il servira de médiateur entre GONTRAN, roi de Burgondie et son neveu et fils adoptif, CHILDEBERT II, souverain austrasien de GRÉGOIRE DE TOURS.

« « La douleur envahit son âme » au spectacle des guerres civiles » par exemple (cité par Charles LELONG, Grégoire de Tours, page 71) celles de Manthelan. Les citoyens de Tours et ceux de Manthelan s'entredéchirèrent : SICHAIRE célébrait les solennités de la naissance du Seigneur, dans le bourg de Manthelan. Pendant ce temps, son serviteur est frappé d'un coup d'épée et tué. Deux camps se forment, les uns pour Manthelan et les autres pour Tours. Dans la mêlée, beaucoup furent tués. AUSTREGISIL en profita pour enlever l'or et l'argent. Il fut jugé coupable ; SICHAIRE le sachant, tua sa famille pour se venger et enleva leurs biens à son tour. GRÉGOIRE DE TOURS leur dit à tous :

« Gardez-vous, ô hommes ! de persévérer dans vos crimes, de peur que le mal n'aille encore plus loin. (…) Soyez pacifiques, je vous en conjure ; (...) » (Charles LELONG, Grégoire de Tours, page 116 et 117). Mais les combattants encore en vie ne l'écoutent pas et SICHAIRE est molesté à son tour pour venger les autres. La justice arrive à tempérer l'affaire par serments de chacun jusqu'à ce que la tuerie ne reprenne. Elle ne finira que par manque d'hommes. La leçon de morale de l'auteur n'aura servi à rien mais GRÉGOIRE DE TOURS a essayé de rétablir la paix.

Ardent défenseur de la doctrine chrétienne, GRÉGOIRE DE TOURS combattait les hérésies et l’arianisme, hérésie chrétienne répandue par ARIUS et ses disciples, qui niait la consubstantialité du Fils avec le Père et qui fut condamnée au Concile de Nicée en 325. Bâtisseur, trouvant la basilique Saint-Martin détruite dans un incendie en 559, il la fait reconstruire plus vaste et plus haute puis il la dédie à Saint-Martin, pendant la dix-septième année de son épiscopat (Guy-Marie OURY, La ville de Tours, page 24). Il fit aussi restaurer de nombreuses églises et y apporter des reliques pour en faire des lieux de pèlerinage. Il exalta la mémoire de tourangeaux dont saint MEXME, disciple de saint MARTIN, saint OURS de Loches, saint VENANT, sainte MONEGONDE, les saintes MAURE et BRITTA… Il promut bienheureux l’abbé SENOCH qui accomplit de nombreux miracles de son vivant. Il développe le culte de saint MARTIN et veut en faire une sorte de « Lourdes des temps mérovingiens ». Saint MARTIN est le protecteur de la ville de Tours qui devint capitale religieuse de la Gaule. GRÉGOIRE DE TOURS proclame que saint MARTIN est l’égal des apôtres. Il disposait d’une énorme puissance temporelle et influençait énergiquement les décisions du peuple.

La basilique subit de graves dégâts par la suite, après des incendies répétés. Il établit le monastère qui, à l'époque, s'appelait Majus ou Major Monasterium devenant ensuite Marmoutier.

Si GRÉGOIRE DE TOURS est connu actuellement, c'est grâce à son œuvre, en particulier à son « Histoire des Francs », composée de dix livres d'histoire mais aussi plus accessoirement à ses sept livres de Miracles principalement sur saint JULIEN et saint MARTIN, un sur la Vie des Pères, un traité sur la marche des étoiles (De cursu stellarum) à visée liturgique, un commentaire du psautier (dont il reste la préface et les titres de chapitres), ces deux derniers étant presque totalement perdus (Charles LELONG, Grégoire de Tours, pages 59 et 60).

Il écrit son premier livre, « De miraculis S. Martini », entre 574 et 593, pour édifier et fixer pour les générations futures, les souvenirs de saint MARTIN, à travers au total « quatre livres en deux cent sept chapitres » (Charles LELONG, Grégoire de Tours, page 59). II y décrit en particulier, la guérison miraculeuse du mari d'une de ses sœurs. Tous les exemples ont un seul but, conforter la foi des fidèles :

« Je ne puis laisser dans le secret ce que j'ai vu moi-même de la puissance des saints et ce que j'en ai appris... (…) L'église est édifiée toutes les fois qu'on rapporte avec dévotion les actes des saints... ils encouragent ceux qui en écoutent les récits à marcher sur leurs traces… » (GRÉGOIRE DE TOURS, Histoire des Francs, cité par Charles LELONG, Grégoire de Tours, page 61)

Lui succédera plus tard, un livre sur saint JULIEN, le grand saint de l'Auvergne, « De miraculis S. Juliani » en cinquante chapitres. Sur ces sept livres de miracles, quatre sont consacrés à saint MARTIN.

Parmi ses livres de Miracles, « De Gloria Martyrium » est composé entre 586 et 588 approximativement. II y décrit en cent sept chapitres, les traditions relatives aux premiers martyrs. Certains faits miraculeux de saint JULIEN de Brioude se déroulent en Touraine, à Langeais, Yzeures, Chinon. GRÉGOIRE DE TOURS aborde la vie des anges, de saint MARTIN et de saint HILAIRE DE POITIERS dans « De Gloria Confessorum » en 587. Vers la fin de sa vie, il rassemble en vingt chapitres, la vie de saints gaulois du IVème, Vème, VIème siècles, dans le livre, « De Vita patrum, La vie des Pères ».

Deux ans après sa nomination au diocèse de Tours, il entreprend de rédiger une histoire des premiers rois Francs. Selon Gustavo VINAY, il aurait écrit son Historia Francorum, entre 576 et 594. Histoire de la création du monde et de l'homme jusqu’en 591, celle-ci permet de mieux connaître l'Histoire des Francs et est son œuvre maîtresse.

Il fixe la persécution des chrétiens dans un livre, « La passion des sept dormants d'Éphèse ». Il n'oublie pas son rôle de prédicateur et traite de liturgie dans « Le Cours des étoiles » (pour enseigner d'après les astres, l'heure des diverses prières et litanies) et un commentaire sur les Psaumes dont il ne reste que la préface et les titres de chapitres.

Sa mort survint vraisemblablement le 17 novembre 594. Son corps fut déposé selon la tradition sous la dalle de la basilique Saint-Martin. D’où il ressort qu’à cette époque, il était vénéré comme bienheureux (Beatus) (Charles LELONG, Grégoire de Tours, page 7). En 1563, il est encore question du « reliquaire de Monseigneur Saint Grégoire ». Ses restes disparurent en novembre 1793. En 596, le nouvel évêque, PELAGIUS, lui succède.

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