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Dogmes et canons

DOGMES ET CANONS

VÉRITE-VIE - Un occidental doit se pénétrer de ce qui suit avant de suivre notre propos sur les dogmes :

1 - on ne peut approcher l'orthodoxie qu'en cessant d'admettre une séparation entre ce qu'on pense et ce qu'on vit ;

2 - on ne peut comprendre l'orthodoxie qu'en cessant de se tenir, par la pensée, à l'extérieur de l'Eglise, comme si elle était devant nous une institution dont on peut ou non partager les opinions, et cela seulement.

On ne peut pas altérer la vérité sur Dieu, sans, du même coup, corrompre l'Eglise et la vie spirituelle de ses membres. L'Eglise se présente à nous comme le reflet visible de la divine Trinité : chacun, pleinement soi-même ; cela étant, on ne fait qu'un. L'Eglise communique la divine Trinité à la terre.

Faux Dieu = fausse Eglise.

Fausse Trinité = Eglise démolie du dedans.

Faux Dieu, fausse Trinité = une Eglise malade qui ne communique plus la vie en plénitude.

Or, chaque fois qu'un homme appelle "Dieu" son idée de Dieu, il se fabrique un faux Dieu ; il ne se sent plus chez lui dans l'Eglise ; il est, comme l'écrit l'apôtre Paul, "à l'étroit dans son cœur".

La vérité sur Dieu est inséparable de l'authenticité de l'Eglise et, tout autant, inséparable de tout ce qu'on peut désigner par le mot "vie".

Ne prenons plus les dogmes pour des formules abstraites inventées par des hommes. Les dogmes chrétiens n'ont rien de commun avec cette sclérose de la pensée qu'on appelle le "dogmatisme". Il y a beaucoup plus de dogmatisme dans l'athéisme que dans la foi.

Qu'est-ce qu'un dogme ?

A un moment donné, du fait qu'une hérésie apparaît, le dogme réplique divino-­humainement au fait et au contenu de l'hérésie qui vient d'apparaître.

C'est la vie qui se défend contre ce qui entreprend de l'éloigner de sa source : Dieu et la vérité divine.

Hérésie = choix d'une altération de la vérité de Dieu.

Avant, on avait cette vérité, on la partageait avec tous, on la vivait en communion. Hérésie ? voici qu'on a choisi autre chose.

La pire disposition à l'hérésie consiste à penser d'une façon, à vivre d'une autre. Séparation de la pensée et de la vie. Non-intégration à l'Eglise. L'Occident postmoderne trempe terriblement dans l'atmosphère de cette non-intégration.

On n'a pas l'Eglise devant soi comme un édifice sociologique devant lequel on passe. On n'a pas la foi devant soi comme une opinion à laquelle on adhère, en tout ou en partie, en passant. Un chrétien entre dans la vérité et dans l'Eglise comme un marin dans son navire.

La vérité de Dieu pose un problème de vie ou de mort.

On est dans la vérité : et vivant. Ou bien hors de la vérité : et à côté de la vie. A côté de la vie, n'existe que la mort.

FOI TRANSMISE - Le Christ transmet aux apôtres toute la vérité utile au salut de la créature humaine. Toutes les vérités qui font voir en quoi consiste le salut et par où il passe. Tout ce qu'il faut croire et vivre pour être sauvé. Qui est le Christ ? Le Fils, le Verbe, l'Un de la Trinité, le Fils du Dieu vivant. Dieu parfait, comme est Dieu le Père et comme est Dieu le Saint Esprit. Il se fait homme. Homme réel, homme comme nous, moins le péché.

Une seule Hypostase : Il est Dieu. Il est le Fils dans la Trinité.

Deux natures : Il est Dieu, Il est homme.

Cette transmission ayant sa source en notre Seigneur Jésus Christ, "pierre" sur laquelle l'Eglise est fondée, nous l'appelons : le Dépôt.

Vérité totale, parfaite et définitive, ce Dépôt comprend : le contenu de la foi, les sacrements et tout le culte, l'Eglise dans sa nature et dans sa manière d'être.

On n'en retranche rien. Il n'y a pas de foi "moderne" prévalant sur une foi "révolue". On n'y ajoute rien. Nulle époque ne jouit du privilège d'inventer Dieu, l'homme et le monde. Nos idées humaines changent en raison de notre faiblesse (manque de visibilité de notre cœur) selon l'époque et le lieu. Le Dépôt ne change pas, quels que soient le lieu et l'époque.

Ne pouvant être qu'altération ou corruption, tout changement provoque une hérésie. Dans son étymologie grecque, le mot "hérésie" suggère un "choix" : l'hérétique a choisi autre chose que ce que le Christ et ses apôtres ont transmis

TRADITION ET SAINT ESPRIT - Les apôtres transmettent le Dépôt à leurs successeurs les évêques, à la totalité du peuple baptisé aussi bien qu'à chacune des personnes baptisées formant ce peuple, ou laos, ou Eglise, ou Corps du Christ : transmission apostolique.

Dans sa totalité vivante, le Dépôt porte aussi le nom de Tradition.

Le courant de la vie transmis tel quel, une fois pour toutes, et qui renou­velle toute chose à chaque instant.

Tradition ? Otez de votre esprit : conservation. La vérité-vie n'a pas besoin de l'homme pour rester sans altération ou souillure ; ce n'est pas la créature humaine qui, par ses soins, la conserve. C'est elle qui, étant gardée et vécue, conserve et rajeunit l'être humain entré en elle. En effet, Dieu Lui-même agit constamment dans le fait qu'il y ait cette "tradition et qu'elle soit ce qu'elle est.

A la Pentecôte, le Saint Esprit, Dieu, qui procède du Père, initie personnellement chacun de ses apôtres. Jusqu'à la fin des temps, la Tradition est : mémoire du Saint Esprit, discernement par le Saint Esprit, renouvellement inépuisable dans le Saint Esprit.

CONCILES ŒCUMENIQUES ET DOGMES - Le mot grec "oikouménè" désigne l'espace de la terre habitée, où s'étendent les Eglises de Dieu.

A partir de 317 un hérétique d'Alexandrie, le prêtre Arius, enseigne que le Christ ne serait pas Dieu, mais homme divinisé seulement. Cette théorie exprime un «choix" opposé au Dépôt. Elle séduit des évêques, des prêtres, des fidèles. Parmi ces derniers, on comptera des empereurs et des rois. Voici donc l’ARIANISME. Que faire ?

Défendre les membres du Corps du Christ contre ce qui les écarte du Dépôt de la foi transmise.

Comment faire ?

Rassembler l'Eglise tout entière (oïkouménè) dans un concile chargé de promulguer la vérité de foi agressée par l'hérésie.

Concile de Nicée en 325. Il confesse : le Fils, notre Seigneur Jésus Christ, "consubstantiel au Père" - Dieu Lui-même comme le Père est Dieu.

Cependant, l'hérésie arienne épaissit ses ravages. Même procédé : le concile. En 381, concile de Constantinople. Il achève le symbole de la foi (en latin "credo" commencé en 325 à Nicée. Ici commence l'histoire des dogmes : balises identifiant les routes qui conduisent réellement à la vie en Dieu.

En 325, tous les chrétiens de l'oïkouménè savent-ils que le concile de Nicée sera œcuménique ? (= conforme à la foi catholique de l'oïkouménè, ou encore : expressif de la pensée de l'Eglise en tous lieux). Non, pas encore. Sait-on en 381, que le concile de Constantinople sera le second œcuménique ? Non, pas encore. Pourquoi ?

Parce qu'un concile n'est œcuménique, ou général, que lorsque ses décisions ont été reçues par toute l'Eglise qui, de par le monde habité, (oïkouménè), se reconnaît en elles.

Après coup. A l'épreuve. Seul critère d'autorité : l'évidence. Evidence que le concile a bien confessé le Dépôt. S'il a justement défendu la vie en Dieu, la vie elle-même se prononce, constate qu'il en a été ainsi. Alors, il est œcuménique.

Les décisions d'un concile sont des dogmes (formulations relatives au contenu de la foi) et des canons (règles de discipline, d'éthique et d'organisation).

TRADITION CANONIQUE - En grec, le mot CANON désigne un instrument de mesure, ou un bâton sur lequel on s'appuie pour marcher. Dans le langage d'Eglise, canon = règle.

Mais attention ! Non pas une norme comparable aux articles du code civil, ou pénal, avec leur jurisprudence. Le canon, c'est une règle d'harmonie.

Harmonie de l'homme, particulier ou groupe, avec Dieu. Harmonie de la terre avec le ciel. Harmonie du créé avec l'Incréé. Harmonie d'Eglise locale à Eglise locale. Harmonie de chacun avec l'autre et les autres, au sein de la même Eglise locale. Tout cela se mesure avec l'intelligence éclairée par la grâce. Cela repose sur un solide bon sens : les hommes sont comme ils sont ; tels qu'ils sont, voilà ce qui arrive ; Dieu les aime comme ils sont ; tout s'ordonne à cultiver leurs chances d'aimer Dieu et de Le servir droitement, orthodoxement.

Certains canons résolvent les problèmes spécifiques d'une époque, d'une forme de civilisation. Par exemple, ceux de l'Eglise des Gaules qui, aux Ve et VIe s., se préoccupaient de l'esclavage... D'autres canons valent pour tous les temps. Et pour tous les lieux. Par exemple : il faut deux ou trois évêques pour ordonner un autre évêque ; aucun évêque ne s'immisce dans les affaires d'un diocèse qui n'est pas le sien ; si l'organisation d'une grande région ecclésiastique s'impose, le titulaire du siège le plus important (du point de vue politique) exercera les fonctions de métropolitain ou de patriarche ; etc. Rien ne ressemble là-dedans à un "règlement".

C'est une loi de concorde et d'harmonie, tout ensemble divine et empirique.

Une loi faite pour que les hommes aillent vers Dieu sans que leur démarche soit trébuchante, illusoire, sujette aux fantaisies ; sans qu'ils aient à porter trop lourds fardeaux.

Ainsi, les canons font eux-mêmes partie de la foi transmise. Ils prennent place la vie transmise, dans la Tradition.

Avec les dogmes, avec les Saintes Ecritures, avec l'office et la liturgie, avec tout ce qui est la vie. Ils sont la vie en tant qu'elle se dispose, selon les problèmes, à se penser, à réagir et à agir avec la Jérusalem céleste devant les dans le cœur.

Pour vivre, il faut se souvenir et discerner. Chacun est responsable, tous responsables.

L'ECONOMIE - Discerner n'est pas toujours chose facile. Les uns disent : la règle avant tout. Ils ont tort. La règle n'est jamais absolue ("le sabbat est fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat"). D'autres disent : continuons de faire comme si rien n'avait changé dans notre existence. Ils ont tort. La règle n'est pas aléatoire. D'autres : à propos de ce qui bouscule nos habitudes, trouvons la règle d'harmonie de la situation nouvelle.

Ils ont raison. C'est l'attitude orthodoxe.

Dieu ne change pas. Le contenu de la foi ne change pas. Les sacrements ne changent pas.

Mais changent dans les temps et dans les lieux :

- la façon dont nous nous agitons dans le péché ;

- les écrans dressés entre notre intelligence et la foi ;

- les problèmes d'exaspération passionnelle que multiplie la nouveauté de l'époque.

Il y a le dogme, il y a les règles, mais il y a aussi l'économie : Dieu, pour nous sauver, nous prend là où nous sommes, là où nous en sommes par rapport au mystère de son amour.

Dans une existence avec la mort dedans, rien de ce qui essaie de vivre n'est fixe, ni définitif, ni absolu. La fixité, anomalie du comportement humain, conduit au blocage ; la hâte de faire du définitif, au remplacement de la Tradition par un pesant système d'habitudes; la fausse absolutisation, à l'idolâtrie subtile.

Et donc, la vie est toujours au-dessus de la règle.

Sachant cela, on porte en soi le fond même de la tradition canonique. Source intarissable d'intelligence, de sagesse et de charité. Puisque ce discernement, nous le recevons à chaque instant dans le Saint Esprit qui procède du Père.

"Les bases canoniques de l'Eglise romaine sont demeurées inchangées, moins souples que les bases soviétiques qui conservent une certaine possibilité d'évolution. L'Eglise romaine est souple extérieurement (Argentine, Allemagne, Espagne, rideau de fer...), mais la non-reconnaissance en dehors d'elle-même des valeurs divines fait sa rigidité intérieure. Voyez combien Grégoire VII est opposé à Grégoire le Grand !..

"L'Eglise n'a pas le droit "sur" ses ouailles. Elle doit renoncer à cette idée qu'il y a quelque chose d'acquis. La conquête est dans la liberté. Or, en Occident, l'Eglise a pris l'habitude d'être, non plus une conquête, mais une institution bien établie..."

Mgr Jean de Saint-Denis, cours de Droit canon, année 1957-58.

Tag(s) : #orthodoxie

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