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Saint Michel
Apocalypse 12, 7-12 a ; Jean 1, 47-51

C

cette fête des archanges Michel, Gabriel et Raphaël me suggère cette année ces quelques réflexions. Dans notre esprit, les archanges sont des êtres énigmatiques, difficiles à saisir, auxquels nous ne pouvons pas appliquer nos lois et nos codes de mesure habituels car ceux-ci sont liés à notre condition d'hommes terrestres, et ils ne nous permettent pas de comprendre ou de saisir ce que peut être la vie de ceux que l'Écriture appelle des archanges ou, le cas échéant, des anges.

Les archanges sont donc, de fait, à nos yeux des personnages énigmatiques. Même le poète Jacques Prévert le reconnaissait aussi, lui qui disait : "Étrange, cet étrange !" Cependant s'ils sont bien étranges pour nous, ils ne sont pas pour autant étrangers, car ces êtres créés par Dieu et qui habitent dans le monde spirituel proche de Dieu, ne sont pas loin de nous, même si nous ne les saisissons pas avec nos sens, avec la vue, avec notre toucher, avec nos oreilles. Les anges ne sont pas étrangers.

C'est une de leurs missions particulières, très justement, d'être proches des hommes, d'être familiers avec les hommes. Et s'ils sont familiers avec les hommes, "en bon ambassadeur, en bon envoyé, en bon ange" selon l'étymologie de leur nom puisque ange veut dire envoyé, c'est avec une mission bien particulière qui est d'être pour nous comme les témoins, comme les acteurs, comme, en même temps, les donateurs de ce que Dieu veut de meilleur pour chacun d'entre nous. Ils viennent, par leur présence, par leur incessant accompagnement, nous révéler et nous partager le meilleur de ce que Dieu veut pour nous. Et s'ils sont ainsi les messages du meilleur et les ministres du meilleur cela leur donne cette caractéristique, qui leur est peut-être propre beaucoup plus qu'à nous-mêmes c'est que ces êtres sont profondément des êtres optimistes.

Optimiste, c'est bien cela, porter le meilleur, voir le meilleur, faire saisir ce qu'il y a de meilleur pour nous. Or s'ils sont optimistes, à cause de leur participation extrêmement proche de la vie de Dieu et de leur mission auprès de nous, ils ont aussi deux autres qualités. La première, c'est que, s'ils sont optimistes, ils sont aussi réalistes. Et ils sont vraiment et véritablement réalistes parce que ce sont des visionnaires. C'est le cinéaste Fellini, dont le monde n'était pas particulièrement angélique, qui a écrit cette phrase : "L'homme le plus réaliste, c'est le visionnaire!" Or qui peut être plus visionnaire que les anges, puisque continuellement, ils contemplent la Face de Dieu, puisque continuellement, ils ont devant eux cette vision du Visage de Dieu. Et c'est cela qui leur donne d'être réaliste, c'est cela qui leur donne de comprendre quelle est la véritable réalité dans toutes ses dimensions. La réalité de Dieu et la réalité de l'homme, la réalité de l'homme et sa destinée dans le monde, et sa destinée en Dieu qui est justement de contempler, un jour, ce qu'ils voient eux-mêmes, c'est-à-dire le visage de Dieu. Optimistes, ils sont réalistes parce que ce sont les seuls vrais visionnaires.

Mais ils sont aussi des êtres silencieux. C'est vrai que les anges ne font pas de bruit. C'est Isaac le Ninivite qui a écrit : "Le silence est le mystère du monde à venir." Connaissant le mystère du monde à venir, en Dieu, les anges gardent ce silence, muets d'étonnement devant l'extraordinaire. Les anges habitent ce silence de Dieu qui n'est pas le vide, mais qui est l'accomplissement de toute véritable parole.

C'est ainsi que les anges ne cessent d'être présents au monde pour nous communiquer, à cause de leur vision, toute l'excellence de ce réalisme et de ce silence, toute l'excellence de cet optimisme. Et lorsqu'on regarde quel a été le passage des anges dans le monde, au milieu des hommes, c'est bien cela que nous constatons. Rappelez-vous Raphaël, "l'ange qui guérit", l'ange qui apporte le meilleur de la vie. L'ange qui a guéri, qui a délivré Sara la jeune fiancée de Tobie parce qu'elle était tourmentée par le démon Asmodée qui provoquait la mort de son époux, pendant la première nuit de leur mariage, et le matin, elle retrouvait le cadavre de son mari. Cela a duré sept fois jusqu'au jour où Tobie, accompagné par l'ange, a rencontré Sara et où, sur le conseil de l'ange Raphaël il a fait brûler dans la chambre nuptiale ce fiel de poisson dont l'odeur a chassé le démon Asmodée. Ce sera aussi Raphaël qui guérira la cécité du père de Tobie et qui, ainsi, lui rendra la joie, la joie de voir le bonheur de son fils et celui de Sara sa nouvelle épouse.

Rappelez-vous aussi Gabriel, l'ange de l'Annonciation, qui vient annoncer que "l'hiver est fini"que ce qu'il y avait de moins bon est désormais transformé, que le Fils de l'Homme vient sur la terre et que la "terre va donner son plus beau fruit" pour que les hommes puissent, dès aujourd'hui, participer au cœur de Dieu.

Rappelez-vous Michel, "le Prince de la Paix", c'est-à-dire celui dont le combat, dont la présence anéantit toutes les forces du mal. Il est le symbole et le signe de "Dieu qui est vainqueur". Et c'est cela qu'il nous transmet de ce qu'il y a de meilleur pour nous, d'être, avec lui, vainqueurs de toutes les forces du mal.

Ainsi les anges nous accompagnent. Optimistes, dans leur réalisme, et ce réalisme est habité par leur silence où nous devons sans cesse entrer nous aussi, pour voir un jour cette vision et partager le meilleur de ce que nous avons à vivre.

Et puis, les archanges, c'est aussi un appel. Un appel qui nous est signifié par la façon dont nous les représentons, avec des ailes, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent pas être assimilés à aucune chose, à aucun être de notre monde visible. Ils nous rappellent que nous ne sommes pas faits pour la vie de poulailler, pour la vie de la basse-cour de ces volatiles qui passent leur temps et qui le perdent en grattant une terre trop sèche qui ne peut plus les nourrir des quelques vermisseaux qu'ils découvrent. Nous ne sommes pas faits pour la vie de la basse-cour. Nous sommes faits pour les océans infinis, pour l'horizon sans limite que parcourent les oiseaux migrateurs. Nous sommes faits pour prendre de l'altitude par rapport à la terre et rejoindre, un jour, Dieu. S'envoler ainsi, à la suite des anges, c'est entrer petit à petit dans cette vision de Dieu, nous laisser emporter dans ce tourbillon de réalisme et de silence qu'un jour nous contemplerons avec eux. Et avec eux, sans cesse, nous chanterons la louange de ce Dieu.

AMEN

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN
Tag(s) : #saints

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