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CREDO ( ARTICLES 11 ET 12 )

J’attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir.

Nous avons déjà dit précédemment combien l’élément eschatologique était fondamental dans le christianisme. C’est cette orientation vers une « fin » qui lui donne son caractère propre. Perdre cela de vue, c’est risquer de fausser intégralement le message évangélique, c’est réduire la Révélation à une éthique conformiste. Tandis que pour la philosophie hellénique, à cause de sa conception cyclique du temps, la résurrection des morts n’avait aucun sens, le christianisme, concevant d’après la Bible le temps comme linéaire, donne à cette croyance toute sa signification. On remarquera aussi, si l’on examine bien le cadre dans lequel elle est située, que l’idée platonicienne de l’immortalité de l’âme est très éloignée du dogme chrétien de la survie de l’homme.

Le symbole de foi emploie une expression extrêmement caractéristique : « J’attends la résurrection des morts ». En grec, le verbe employé est prosdokô ; il a un double sens qu’il est difficile de rendre en traduction : d’une part il évoque l’idée d’une attente subjective ; en l’occurrence cela se rapporte à l’attente impatiente des croyants dont nous trouvons l’écho à la fin de l’Apocalypse (Viens, Seigneur Jésus ! Ap 22, 20), d’autre part le verbe prosdokô a un sens objectif : savoir qu’un événement inéluctable, bon ou mauvais, va survenir. La résurrection n’est pas simplement tin pieux espoir, elle est une certitude qui conditionne la foi chrétienne. D’ailleurs, si elle étonnait les païens (Ac 17,32), celle croyance paraissait normale à la plupart des Juifs (Jean 11,24), encore que les Sadducéens l’eussent rejetée. Elle trouvait ses fondements dans l’Ancien Testament (voir, par exemple, Éz 37,1-14). Ce qui est nouveau, dans la foi chrétienne. c’est que l’espoir de la résurrection bienheureuse est lié à l’œuvre rédemptrice de Jésus Christ : Je suis, dit Notre Seigneur à Marthe, la résurrection. Qui croit en moi, fût-il mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais (Jn 11,.25-26). C’est pourquoi l’apôtre Paul écrit aux Thessaloniciens : Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez ignorants au sujet des morts ; il ne faut pas que vous vous désoliez comme les autres qui n’ont pas d’espérance (1 Th 4,13). Vraiment le christianisme est au sens fort une religion de l’espérance ; aussi l’héroïsme des martyrs de la foi n’a rien à voir avec, le calme des sages antiques devant le déclin inéluctable ; quoi de plus émouvant dans sa paisible assurance que la prière de saint Polycarpe sur son bûcher : « Seigneur, Dieu tout-puissant, Père de Jésus Christ, ton enfant bien-aimé et béni, par qui nous t’avons connu ; Dieu des anges et des puissances, Dieu de toute la création et de toute la famille des justes qui vivent en la présence ; je te bénis pour m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, digne d’être compté au nombre de tes martyrs et de participer au calice de ton Christ, pour ressusciter à la vie éternelle de l’âme et du corps, dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint ».

Alors que dans le symbole de Nicée-Constantinople il est question de la « résurrection des morts », le vieux Credo romain (voir Introduction) parle de la « résurrection de la chair » afin de souligner le caractère très concret de cet événement ; toutefois le terme « chair » doit ici être entendu dans le sens de « personne », car nous savons par ailleurs que la chair et le sang ne peuvent hériter le Royaume de Dieu (1 Co 15,50). La résurrection pour la vie éternelle suppose une transformation, un passage de la corruptibilité à l’incorruptibilité (1 Co 15,51-54). Saint Paul affirme clairement à l’issue d’une série de raisonnements sur le continent de la résurrection : On sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel (1 Co 15,11) ; certes le corps ressuscité et le corps enseveli sont le même sujet, mais leur mode d’être est différent. Pour bien comprendre cela, il ne faut pas perdre de vue ce que signifie pour saint Paul la catégorie du spirituel, qui est liée à celle du divin. Le corps spirituel c’est le corps transfiguré par la grâce. De même, en effet, que c’est en Adam que tous meurent, ainsi aussi c’est dans le Christ que tous seront vivifiés (1 Co 15,22). La Résurrection du Christ est la prémice de la résurrection des morts (ibid., 20). La vie du chrétien doit être pénétrée de cette certitude ; c’est pourquoi les croyants doivent dans ce siècle se conduire en enfants de lumière (Éph 5,8) ; la participation à la Sainte Eucharistie constitue les arrhes de la vie éternelle, comme cela est si souvent rappelé dans la Liturgie. C’est en effet dans le sacrement de l’Eucharistie que l’accent eschatologique est, peut-être, le plus fortement marqué ; la Sainte Cène est l’anticipation du festin messianique, dans le Royaume, auquel nous sommes tous conviés. La descente du Saint Esprit sur les Dons, lors de l’épiclèse, actualise l’événement de la Pentecôte et préfigure le triomphe de la seconde parousie. Le lien entre la Pentecôte d’une part, la seconde parousie et la résurrection générale d’autre part, est particulièrement souligné en Orient dans la Liturgie ; le samedi qui précède le dimanche de la Pentecôte est plus spécialement consacré aux défunts ; de même l’office de la génuflexion (le soir de la Pentecôte) comprend plusieurs allusions à la résurrection future, telle celle-ci : « Nous te rendons grâces en toutes choses, pour notre venue en ce monde et pour notre départ, qui, en vertu de ton infaillible promesse, fait naître en nous l’espérance de la résurrection et de la vie sans mélange, dont nous souhaitons jouir lors de ton futur avènement ».

Dans la résurrection générale qui marquera la fin de ce siècle, les chrétiens voient essentiellement la manifestation de la victoire du Christ, annoncée d’une manière certaine par la Résurrection du Seigneur à l’aube du troisième jour. Mais le « Jour du Seigneur » sera aussi celui du jugement ; nous savons que ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux gui auront fait le mal, pour la damnation (Jn 5,29). C’est la séparation définitive du bon grain et de l’ivraie. Il n’appartient à nul autre qu’au Seigneur lui-même de faire cette séparation et ce n’est qu’au jugement dernier qu’elle deviendra manifeste : alors, il n’y aura plus de mélange, car rien d’impur n’entrera dans le Royaume ; il n’y aura plus de possibilité de mutation : pour bien comprendre cela, il ne faut pas l’envisager dans une perspective affective. Au-delà du temps, il n’y aura que l’immuable ; la réprobation c’est l’éloignement de Dieu devenant éternel puisque extratemporel. La vocation de la créature, dans le dessein de Dieu, c’est la transfiguration, l’union déifiante. Dans la vie du « siècle à venir », tout ce qui sera éloigné de Dieu pourra être considéré comme mort : ce sera là la seconde mort, celle dont parle saint Jean dans l’Apocalypse (20,14) : cette mort, ce sera d’être oublié par Dieu : ceux qui n’auront pas voulu connaître Dieu, ne seront plus connus de lui. Ceux qui l’auront connu et servi resplendiront d’une gloire ineffable et sans déclin.

Le Credo commence par l’affirmation solennelle de la foi en Dieu. Mais cet acte de foi n’est pas simplement intellectuel, il suppose un engagement total : dans le Christ et par l’Esprit Saint, la vie du croyant est transformée, car le chrétien, bien que vivant en ce monde, n’est pas de ce monde, son regard est tourné vers le Royaume de la lumière, aussi le Credo s’achève par la confession radieuse de l’attente de la résurrection et de la vie du siècle à venir, où il n’y aura « ni douleur, ni tristesse, ni larmes ».

archimandrite Pierre L’Huillier

Tag(s) : #orthodoxie

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