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 Le chemin de la « tente de la rencontre » (tabernacle)

commentaire de la règle de Saint Benoît (prologue 22-34)

Pr. 22-34: Le chemin de la « tente de la rencontre » (tabernacle) C’est le thème de la tente de la rencontre qui est évoqué ici. Cela nous reporte à la marche des hébreux au désert au temps de l’Exode. C’est en effet au désert qu’Israël, après le passage de la Mer Rouge, a fait l’expérience de la ‘convivance’ avec Dieu (en hébreu, im = avec, est peu différent de am = peuple; le peuple est celui qui, par appel, est fait pour marcher « avec Dieu », l’Emmanuel, « Dieu-avec-nous »). Expérience de ‘convivance’ et de proximité: c’est le temps de la connaissance mutuelle, des fiançailles (fiance = con/fiance, fiance avec quelqu’un). Benoît, reprenant (ou s’inscrivant dans) la Tradition, identifie marche au désert avec Dieu et vie monastique. Dans la désinstallation complète, dans la désappropriation, dans la pure vie de foi, s’opère la rencontre avec Dieu. A ce thème de la tente est joint celui de « la montagne sainte », lieu privilégié de la Shékinah, de la Présence de YHVH, de Sion-Jérusalem… Et très précisément, en énonçant les premiers versets du Ps. 14, Benoît poursuit le dialogue entre le chercheur de Dieu (l’aspirant à la vie monastique) et Dieu Lui-même dans Sa Parole : 8 f) - « Seigneur, qui habitera sous Ta Tente, et qui reposera sur Ta Sainte Montagne ? » - « Celui-là qui marche sans tache et pratique la justice ; dit la vérité du fond de son cœur et ne profère pas de paroles trompeuses ; qui ne fait pas de tort à son prochain, et n’accepte pas l’opprobre fait à son prochain » (Ps 14, 2-3). Notons le nombre impressionnant de verbes à l’actif (ils sont soulignés). Et « marcher sans tache », « pratiquer la justice » (cf. Mi 6, 8), « dire la vérité du fond du cœur », etc…, se sont autant d’ « œuvres bonnes » que l’homme ne peut accomplir qu’avec l’aide de la grâce. Et ceux qui agissent ainsi reconnaissent que « ce qu’il y a de bien en eux », vient du Seigneur (cf. v. 29) à qui appartient la gloire : Operantem in se Dominum magnificant. Et cette reconnaissance même de l’action du Seigneur en ceux qui le servent, déclenche l’action de grâce. Il n’y a pas de plus grande joie que cette prise de conscience émerveillée : « Le Seigneur est à l’œuvre en moi ! Et si je suis capable de bien, c’est donc que la grâce est présente et agit »… Qui peut alors contrecarrer cette action divino-humaine ? Le Démon, l’inspirateur des desseins mauvais de l’homme. Un seul antidote au diable et à ses tromperies : le Christ. On trouve déjà là signifié le christocentrisme de Benoît. C’est sur ce Roc qu’est le Christ qu’il s’agit de briser « cette engeance de la pensée diabolique ». Remarquons-là l’exégèse allégorique du Ps. 136. Se laisser conduire par la grâce accueillie, se détourner du mal en brisant sur le Roc qu’est le Christ toute suggestion mauvaise, et faire le bien que la grâce nous inspire en le rapportant à Dieu (comme le fait S. Paul), voilà assurément le chemin du « Tabernacle » et de la « Fille de Sion » ; voilà la conduite de « l’homme avisé » qui a bâti sur le roc (cf. Mt 7, 24-25). C’est une sorte de résumé du Sermon sur la Montagne que donne ici Benoît. Pr. 34-35 Récapitulation : La foi est une réponse personnelle de l’homme à la Parole de Dieu (JP II : réponse à André Frossard, dans « N’ayez pa peur ! »), réponse à formuler non pas de bouche mais « en actes » (factis nos respodere debere). Le langage prend ici un tour eschatologique : cette vie ici-bas n’est qu’une trêve, un délai (ad indutias ou inducias = suspension d’armes, répit), qu’il convient d’utiliser de la meilleure façon : en corrigeant ce qui doit l’être (propter emendationem malorum) : c’est le temps de l’emendatio. L’attente de Dieu consiste en ce qu’Il escompte notre changement de vie : c’est là sa patience : Dieu attend que nous fassions pénitence (patientia Dei ad poenitentiam te adducit) – cf. Rm 2, 4 -. Le jugement n’est pas pour tout de suite. D’ailleurs, ce que Dieu veut, ce n’est pas « la mort du pécheur » (Nole mortem peccatoris), mais sa conversion afin qu’il vive. Le plan de Dieu sur la création est bien un dessein de salut. Dieu met sa gloire dans la vraie vie de l’homme (S. Irénée, A.H. IV, 20, 8). Il n’y a de vie véritable c’est à dire « spirituelle », animée du Souffle divin de l’Esprit de Dieu, que dans la mesure où l’homme participe à Dieu (« Il n’y a de vie que de la participation à Dieu » - S. Irénée, ibidem -). Et participer à Dieu ici-bas, c’est se tenir dans sa « Maison », c’est « habiter sous sa Tente », dans « sa Demeure ». mais tout hôte (habitator) de la Maison de Dieu a des devoirs à remplir, un « office », une charge (officium), que Benoît transcrit sous la forme « militaire » qui lui est familière : militer dans la sainte obéissance aux préceptes divins (sanctae praeceptorum oboedientiae militanda – v.40 -). Comment ? Non pas en rêvant, dans l’attente passive de la venue du Règne de Dieu, mais activement en 9 préparant nos cœurs – lieu de la conversion -, et nos corps – moyen d’expression sensible et vitale de la conversion. Mais la grâce est nécessaire ; donc il faudra, dans la prière, demander l’aide de Dieu (rogamus Dominum). Il y va de notre bonheur éternel. Le temps présent est irremplaçable : il est celui de l’exercice, de l’ascèse, de la praxis : c’est le temps d’accomplir, de courir, et d’agir pour « entrer dans le repos de Dieu » (V. 44 : « courir et agir » - cf. v. 49 : « on court »… - ; S. Augustin est peut-être derrière cette idée d’empressement : cf. Enarr. In Ps. 39, 11 (omnes currentes amant se, et ipse amor cursus est). Chercher Dieu, c’est courir (cf. Ct 1, 4 : « Entraîne-moi sur tes pas, courons ! »).

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