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Credo  (article II )

ARTICLE 2

Et en un seul Seigneur Jésus Christ, Fils unique de Dieu,
né du Père avant tous les siècles,
Lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu,
engendré, non créé, con
substantiel au Père,
par qui tout a été fait.

Il y a une évidente disparité dans le Symbole entre l’unique article se rapportant à la première Personne de la Sainte Trinité et les six articles concernant la deuxième Personne. Cela est facilement compréhensible : la croyance en un Dieu tout-puissant, créateur de l’univers, était commune au judaïsme et au christianisme. Il en va tout autrement en ce qui concerne la personne et l’œuvre de Notre Seigneur Jésus Christ.

Initialement, la relation de Dieu le Père avec le Fils pose la question du monothéisme : le Nouveau Testament affirme expressément la divinité du Christ (Jean, 1, 1) sans renoncer le moins le moins au monothéisme strict : le Père et le Fils sont Un ; le Seigneur lui-même le proclame (Jean 17, passim), mais la manière de comprendre cette unité, ou plutôt l’approche humaine de cette vérité a été l’objet d’âpres controverses. Deux fausses solutions ont été apportées : celle des modalistes, qui niaient toute distinction entre le Père et le Fils, et celle des Ariens, qui refusaient au Fils la plénitude de la divinité. Par ailleurs, le caractère absolument réel de l’humanité du Christ fait surgir la question de la relation de l’humain et du divin dans son être. Les controverses sur ce second point n’ont pris de l’ampleur qu’à une période postérieure à la rédaction de notre Credo et l’Église a dû préciser par d’autres définitions – notamment celles du Concile d’Éphèse (431) et de Calcédoine (451) – ce qui était déjà affirmé dans le Symbole de Nicée-Constantinople.

Il faut ici ouvrir une parenthèse pour souligner que les articles du Credo se rapportant à la Personne et à l’œuvre du Christ, de même que les définitions des Conciles œcuméniques ultérieurs, ne peuvent en aucune manière être considérés comme de vaines spéculations qui auraient, soi-disant, altéré la pureté du message évangélique, car ce que l’Église défend dans ces dogmes c’est justement ce qu’il y a de plus fondamental dans la révélation néo-testamentaire : l’annonce du salut offert à l’humanité en Jésus Christ. Or, si le Christ n’est pas réellement et pleinement Dieu et Homme, l’abîme entre le divin et l’humain demeure infranchissable. Nous reviendrons sur ce point en abordant les articles du Symbole concernant l’incarnation et la Rédemption.

L’Église confesse, dans le deuxième article du Symbole de la Foi, d’abord l’unicité du Fils de Dieu ; par là même est écartée l’interprétation hérétique de l’adoptianisme, selon laquelle Jésus n’aurait été qu’un homme adopté par Dieu. Seul Jésus Christ est pas nature Fils de Dieu ; l’adoption des chrétiens qui, par le baptême, deviennent en Christ fils de Dieu, n’abolit en rien la distinction radicale entre l’incréé et la créature. Nous devenons fils de Dieu par grâce, le Christ l’est par nature et c’est seulement parce que le Christ l’est par nature que nous pouvons le devenir par grâce.

En confessant que le Fils est « né du Père avant tous les siècles », nous n’affirmons pas que la naissance est simplement antérieure à la création, mais qu’elle est hors du temps, puisque la notion du temps est liée à celle de la création. C’est pourquoi dans l’Évangile nous lisons cette parole du Seigneur : Avant qu’Abraham fût, je suis (Jean 8, 58), et non pas « j’étais », ce qui n’aurait marqué que l’antériorité dans le temps. Il faut noter que cette affirmation de la naissance « avant tous les siècles » était discrètement dirigée contre la formule blasphématoire des Ariens à propos du Fils : « Il était un temps où il n’était pas ».

Le Fils est « Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né de vrai Dieu », car sauf les notions personnelles (c’est-à-dire les propriétés par lesquelles nous discernons une Personne de l’autre dans la Sainte Trinité), les trois Personnes divines sont absolument identiques ; c’est ce que remarque saint Grégoire de Nysse : « Si nous confessons, écrit-il, la nature de Dieu sans variation, nous ne nions pas la différence de la Cause et du causé, et c’est en cela seul que l’un se distingue de l’autre » (Quod non sint tres dii, PG 45, 133).

Pour exprimer cette parfaite similitude du Père et du Fils, l’apôtre Paul nous dit que le Christ est image de Dieu (2 Corinthiens 4, 4) ; dans l’Épître aux Hébreux, la relation du Fils vis-à-vis du Père est exprimée en ces termes : Resplendissant de sa gloire, empreinte de sa substance (1, 3).

Un Père du IIIe siècle, saint Grégoire le Thaumaturge, évêque de Néo-Césarée, a résumé admirablement cette théologie de l’Image dans sa profession de foi où nous lisons : « Un seul Dieu, Père du Verbe vivant, de la Sagesse subsistante, de la Puissance, de l’Empreinte éternelle ; Parfait engendrant le Parfait, Père du Fils unique-engendré. Un seul Seigneur, Unique de l’Unique, Dieu de Dieu, Empreinte et Image de la divinité, Verbe actif, Sagesse qui maintient l’ensemble de toutes choses, Cause efficiente de toute création, Fils véritable du Père véritable, Invisible de l’Invisible, Incorruptible de l’Incorruptible, Immortel de l’Immortel et Éternel de l’Éternel » (Apud saint Grégoire de Nysse¸PG 46, 912).

Précisant ce qui est affirmé au début de l’article, l’Église confesse toujours, contre Arius et ses partisans, que le Fils est « engendré, non créé », car la génération éternelle du Fils par le Père, comme d’ailleurs la procession du saint Esprit, est un acte de la vie intra-trinitaire divine qui n’a rien de commun avec la création. On ne peut donc même pas établir une analogie entre la génération du Fils par le Père et la création, qui est une œuvre ad extra de la Sainte Trinité, car selon les admirables paroles de saint Grégoire de Néo-Césarée : « Rien donc de créé ou de servile dans la Trinité ; rien d’adventice ; rien qui, n’existant pas d’abord, advienne ensuite » (ibid.).

Pour couper court à toute équivoque, les Pères du Concile œcuménique de Nicée ont proclamé que le Fils était « consubstantiel » (en grec homoousios) au Père : c’est la conséquence logique des affirmations précédentes : la co-éternité et l’équi-divinité des Personnes divines, leur parfaite unité d’essence. Ce terme avait l’avantage d’éviter toute ambiguïté, car les hérétiques ariens employaient volontiers soit des expressions scripturaires, en les interprétant, grâce à des exégèses spécieuses, en faveur des leurs théories, soit des formules vagues susceptibles d’acceptions diverses. C’est pourquoi tous les docteurs orthodoxes, après les clarifications nécessaires, finirent par se rallier à ce terme. La consubstantialité des Personnes divines est un dogme fondamental du christianisme authentique.

Le deuxième article de Symbole se termine par l’affirmation que tout a été par le Fils : c’est l’écho de la doctrine clairement exprimée dans le Nouveau Testament (Jean 1, 3 ; Colossiens 1, 16). La création toute entière est l’œuvre commune des trois Personnes divines. Néanmoins, elles sont la cause de l’être d’une manière propre à chacune d’elles « : si le Père est la cause primordiale et l’Esprit saint la cause perfectionnante, le Verbe peut être appelé la cause opératrice.

Le Credo s’étend peu sur ce point ; il affirme seulement la croyance traditionnelle en ces simples mots : « par qui tout a été fait ». Cette brièveté s’explique aisément : d’abord, ce dogme explicité dans l’Évangile n’a pas fait l’objet de controverses parmi les chrétiens ; par ailleurs, le Credo est la confession de la foi et l’on ne saurait y insérer des théories purement spéculatives qui, aussi légitimes qu’elles soient, ne peuvent prétendre relever du domaine de la règle de la foi.

archimandrite Pierre L’Huillier

suite en fin de semaine.

Tag(s) : #orthodoxie

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