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CREDO (article I )

ARTICLE 1

Je crois en un seul Dieu, Père Tout-Puissant,
Créateur du ciel et de la terre, et de toutes les choses visibles et invis
ibles.

Le Dieu de la révélation chrétienne, Dieu de la Sainte Écriture et de la foi traditionnelle de l’Église, n’est pas un Être impersonnel, un Absolu sans visage, indifférent aux destinées des personnes humaines. Le monothéisme des chrétiens n’est pas celui des philosophes. Mais il se distingue aussi du monothéisme restrictif des traditions religieuses telles que le judaïsme et l’islam qui reconnaissent le Dieu vivant et personnel de l’Ancien Testament, sans admettre toutefois que ce Dieu-Personne puisse se distinguer de son Essence absolue et sortir, pour ainsi dire, de sa solitude pour être plus qu’une Personne, réduite à son unicité. La plénitude de la révélation appartient au Nouveau Testament : le Fils de Dieu s’est fait homme et nous a rendus aptes à recevoir l’Esprit Saint qui procède du Père. Le Dieu unique et personnel du christianisme est une Tri-Unité de Personnes. C’est pourquoi le Christ ressuscité envoya ses disciples « de toutes les nations faire des disciples, les baptisant au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » (Matthieu 28, 19). Le Credo de l’Église est une explication de cette formule baptismale.

L’article initial, où l’on professe la foi « en un seul Dieu », se rapporte à la Première Personne de la Trinité, au Père qui est le Principe personnel de la Divinité indivisible, commune aux Trois Personnes. Les Trois – Père, Fils et Saint Esprit – sont également Dieu, sans être cependant « trois Dieux », mais « un seul Dieux », une seule essence, substance ou nature en trois Hypostases ou Personnes. En vertu de cette unité absolue d’être, rien ne distingue les Personnes de la Trinité, sauf les modes de subsister propres à chacune : innascibilité paternelle, génération filiale, procession spirituelle. Il faut ajouter que ces propriétés personnelles posent une triple relation qui, tout en permettant de distinguer le Père, le Fils et le Saint Esprit, doit nous apprendre à référer positivement chaque Personne aux deux autres, sans jamais les isoler dans notre pensée. Ainsi, en parlant du Père Tout-Puissant et « Créateur », n’oublions pas qu’il créa tout par son Verbe (Jean 1, 3) et que la même puissance créatrice n’est pas étrangère à l’Esprit-Vivificateur.

Il faut remarquer que l’expression « tout-puissant », bien qu’elle soit juste, ne rend pas fidèlement la valeur du terme grec Pantocrator, qui veut dire : « Maître de toutes choses » : Dieu qui maintient tout dans l’existence. Seul le Dieu de la Bible, qui révéla son Nom à Moïse en disant : « Je suis Celui qui suis » (Exode 3, 14), est « Créateur » dans le sens absolu de ce mot, Producteur de l’être à partir du non-être. Il n’est pas un Artisan divin, un « Démiurge » organisateur d’une matière éternelle informe, d’un chaos préexistant au monde. Si Dieu a créé toutes choses « de rien », il ne faut pas s’imaginer qu’un « néant » préexistait à la création comme une possibilité d’être. Le « néant » n’est pas un principe que l’on pourrait opposer à l’Être absolu de Dieu : cette expression reçoit un sens uniquement par rapport à l’être créé qui commença d’exister, sans qu’il y ait eu aucune condition préalable à ce « commencement » (Genèse 1, 1) en dehors de la volonté tout-puissante de Dieu. Il ne faut pas croire cependant que cette absence de conditions externes nous oblige à supposer que Dieu créa tout « de lui-même », par une sorte d’émanation, d’extériorisation : le monde n’est pas la Divinité dégradée et amoindrie, mais une être absolument nouveau, produit à l’existence par un Créateur qui n’a été déterminé à créer par aucune nécessité interne. La création est un acte absolument libre, un acte gratuit de la volonté de Dieu, ce qui ne veut pas dire un acte « arbitraire » : l’ordre de l’univers nous fait connaître la Bonté, la Sagesse, 1’Amour du Créateur qui donna au monde un sens et une destination suprêmes en le soumettant aux êtres personnels et libres, créés « à l’image et à la ressemblance » de Dieu (Genèse 1, 26-27).

« Le ciel et la terre », expression scripturaire (Genèse 1, 1), qui doit désigner l’ensemble du cosmos, tout ce qui existe étant créé par Dieu, reçoit dans l’exégèse patristique un sens disjonctif, celui des réalités spirituelles et corporelles, du monde invisible des esprits « célestes » et du monde visible où nous vivons, auquel nous sommes étroitement liés par la condition biologique de notre corporéité « terrestre ». On voit que cette distinction entre le « ciel » et la « terre » n’implique aucunement la nécessité d’admettre une cosmologie géocentrique. Il faut dire, en général, que le « conflit entre la science et la religion » est un faux problème qui ne saurait préoccuper aujourd’hui que certains croyants mal informés ou certains scientifiques bornés, érigeant en dogmes du « matérialisme » leurs négations arbitraires de tout ce qui dépasse le champ visuel des sciences expérimentales. En effet, ce n’est pas en explorant les espaces cosmiques que l’on découvrira l’immensité spirituelle de l’univers créé. Ce n’est pas, non plus, la physique nucléaire qui nous fera connaîtra, en analysant la structure de la matière, cette énergie toute-puissante du Créateur qui confère l’existence à « toutes choses visibles et invisibles ».

Vladimir Lossky

a suivre...

Tag(s) : #orthodoxie

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