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CREDO ( ARTICLE 9 )

En l’Église, une, sainte, catholique et apostolique

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En présentant l’Église comme objet de foi, le Credo nous rappelle qu’elle n’est pas simplement la réunion des croyants, mais a une place éminente dans l’histoire du salut. Durant son ministère terrestre, notre Seigneur Jésus Christ annonce que lui-même en sera le fondateur (Mt 15,18) et de nombreux textes néo-testamentaires proclament que le Christ en est le chef (ex. Éph 1,22). Le terme grec ekklèsia se trouve employé dans l’Ancien Testament pour rendre l’hébreu qahal, qui désigne le rassemblement d’Israël et l’appel de Dieu ; c’est ainsi qu’on lit dans le Deutéronome : N’oublie pas tous les discours que tes yeux ont vus... le jour où vous vous êtes présentés devant le Seigneur votre Dieu à l’Horeb, au jour de l’Église, lorsque le Seigneur me dit : Assemble (ekklèsiason) -moi le peuple et qu’ils entendent mes paroles... Et il vous annonça le testament qu’il vous ordonna d’accomplir, les dix paroles, et il les écrivit sur deux tables de pierre... (Dt 4,9-13). Le terme qahal-ekklésia se retrouve pour désigner les assemblées solennelles du peuple à Jérusalem. Ce qu’il faut donc retenir, c’est que le terme n’est jamais employé dans un contexte profane ; ceci est conforme à son usage dans le Nouveau Testament et dans l’ancienne littérature chrétienne, aussi bien lorsqu’il désigne telle communauté locale que lorsqu’il désigne l’ensemble des croyants. D’ailleurs on trouve souvent l’expression l’Église de Dieu (ex. 1 Co 1,2).

L’Église est désignée dans le Credo comme étant Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Ces caractéristiques de l’Église constituent un tout inséparable, car elles s’appellent l’une l’autre ; tout en étant distinctes, on ne saurait faire abstraction de l’une d’entre elles, autrement dit la non-possession ou la mutilation de l’une d’entre elles affecte les autres, par exemple la conception orthodoxe de l’unité est liée à une certaine compréhension de catholicité. Ce n’est pas en vain que saint Cyprien de Carthage intitule son ouvrage dirigé contre les dissidentsDe l’unité de l’Église catholique.

Lorsque l’on aborde la doctrine de l’Église, il faut se garder des imprécisions et des notions ambiguës. Deux extrêmes sont à écarter : d’une part une conception trop spirituelle de l’Église qui évacuerait toute la réalité sociale et institutionnelle sous prétexte d’éviter le formalisme, d’autre part un institutionnalisme trop marqué qui prétendrait asservir le domaine spirituel. En fait, d’ailleurs, ces deux excès peuvent se rejoindre, comme c’est le cas dans des ecclésiologies où l’on admet une certaine dualité entre l’Église spirituelle des élus d’un côté, et les communautés institutionnelles de l’autre.

L’Église est Une : Notre Seigneur Jésus Christ n’a fondé qu’une Église, à laquelle il a promis assistance et qui est de plein droit la gardienne du message évangélique. Cette affirmation était dans l’antiquité, comme elle l’est encore de nos jours pour les chrétiens restés fidèles à la tradition une vérité axiomatique. Il ne saurait avoir plusieurs églises puisqu'il ne peut y avoir plusieurs vérités. Il est vrai que l’on parle quelquefois au pluriel des « Églises » pour désigner les communautés locales, conformément à ce qui était déjà l’usage à l’époque apostolique, mais cette pluralité locale n’implique pas davantage la multiplicité que la célébration en de nombreuses places de la Liturgie eucharistique n’implique une division quelconque du Christ. Il en va tout autrement lorsqu’on emploie le terme « Église » pour désigner des communautés chrétiennes dissidentes ; dans ce cas il n’a pas une signification théologique spéciale, mais le terme désigne seulement une société religieuse chrétienne (il n’entre pas dans notre sujet de traiter des rapports entre l'Église orthodoxe et les communautés chrétiennes hétérodoxes ; nous devons seulement préciser que nous n’entendons nullement nier l’existence d’une « ecclésialité » plus ou moins grande dans chacune des confessions dissidentes ; toutefois un tel sujet ne saurait être abordé, même superficiellement, en quelques lignes).

Lorsque nous disons que l’Église est une, nous l’entendons dans toute la force du terme. Cette unité est d’abord dans le temps : l’Église d’aujourd’hui est dans son essence la même que celle des Apôtres et des saints Pères des premiers siècles. Elle est ensuite dans l’espace : les Églises locales qui professent la pure foi orthodoxe et conservent fidèlement la succession apostolique sont en communion entre elles et ont le même chef, qui est le Christ.

L’Église est Sainte. Nous avons vu quel était dans les Saintes Écritures le sens du terme qahal-ekklésia : l’Église est donc sainte parce que, fondée par le Christ, elle est au service exclusif de Dieu. Elle est la fiancée toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée (Éph 5,27). Clément d’Alexandrie (IIIe s.) écrit ces lignes pleines de profondeur : « Si l’on appelle sacré soit Dieu lui-même, soit l’édifice élevé à sa gloire, comment n’appellerait-on pas sacrée par excellence l’Église devenue sainte pour la gloire de Dieu selon la connaissance ? N’est-elle pas le sanctuaire tout à fait digne de Dieu, non pas préparé par le travail des ouvriers, ni orné par la main des artistes, mais édifiée en temple par la volonté de Dieu ? » (Stromates VII,5,23). Sainte par sa vocation, l’Église est porteuse de la grâce que l’Esprit ne cesse de verser sur elle depuis le jour de la Pentecôte. Cette grâce est communiquée à chacun de ses membres par le baptême d’abord, puis par les autres sacrements : la vie dans l’Église est une vie en Christ et rien d’autre, et à cause de cela cette vie est toujours une ascèse qui exclut toute passivité, car il appartient à chacun de réaliser la potentialité qui lui est donnée par son appartenance à l’Église Corps du Christ.

L’Église est Catholique : Si en grec, dans la langue profane, ce terme ne signifie rien d’autre qu’universel, il a pris dans celle de l’Église une coloration particulière : la catholicité est un attribut que l’Église possédait alors qu’elle ne groupait qu’une poignée de disciples palestiniens, autant que de nos jours alors qu’elle est répandue dans les cinq continents. La Bonne Nouvelle du salut apportée en Jésus Christ l’est pour toute l’humanité (Mt 27,19-20). En Christ, sont abolies les différences de race et culture, comme l’écrit saint Paul : Aussi bien n’y a-t-il pas de distinction entre Juif et Grec : tous ont le même Seigneur, riche envers tous ceux qui l’invoquent (Rm 10,12). Cette universalité ecclésiale est une plénitude où, conformément à la doctrine chrétienne orthodoxe, chaque personne a la possibilité de s’épanouir car l’opposition de la partie et du tout est surmontée dans l’Église, dont la vie reflète celle de la Divinité une et trine à la fois. La catholicité est aussi la négation du particularisme sectaire ; c’est même cet aspect qui est le plus mis en valeur dans les plus anciens textes patristiques où l’on trouve employé l’adjectif « catholique ». C’est ainsi que l’on trouve dans la suscription du Martyre de saint Polycarpe (IIe s.) la formule : « L’Église de Dieu qui séjourne à Smyrne, à l’Église de Dieu qui séjourne à Philomène, et à toutes les communautés du monde appartenant à la sainte Église catholique... ». Au milieu du IIe siècle, à la question du juge, le martyr Pionius répond qu’il est chrétien ; mais cette réponse est jugée incomplète et lorsqu’on lui demande à quelle église il appartient, Pionius répond : « à l’Église catholique ». Le terme de catholique caractérise ici la véritable Église fondée par le Christ. C’est le sens que l’on retrouve invariablement dans les documents conciliaires en particulier dans le décret dogmatique des Pères du premier Concile œcuménique (325).

L'Église est Apostolique : Elle l’est parce qu’elle est bâtie sur le fondement des apôtres et elle garde fidèlement le message du Seigneur transmis par les apôtres ; en ce sens « apostolicité » est synonyme d’« authenticité ». C’est pourquoi l’apostolicité dans son sens plénier ne peut appartenir qu’à l’Unam Sanctam qu’est l’Église orthodoxe. La continuité matérielle dans la succession apostolique est une condition nécessaire mais nullement suffisante ; les successeurs légitimes des apôtres sont les évêques qui gardent fidèlement la doctrine apostolique. C’est à eux que revient le droit de proclamer la parole de vérité et d’interpréter la Tradition ; ce sont eux qui, individuellement et collectivement, détiennent le pouvoir d’enseigner (potestas docendi). Les évêques successeurs des apôtres, et les prêtres, leurs délégués, offrent au nom de l’Église la victime immaculée, car à eux s’adresse aussi la parole du Sauveur : Faites ceci en mémoire de moi (Lc 22,19). Ils ont le pouvoir de lier et de délier et la charge de paître le troupeau spirituel qui leur est confié par Dieu. Il n’y a jamais eu de doute dans l’Église orthodoxe sur le fait que l’épiscopat appartient non pas au bene esse [« bien-être »] ou au plene esse [« plénitude »] de l’Église mais à sa nature [esse] même. C’est pourquoi saint Ignace d’Antioche va jusqu’à écrire qu’il faut « regarder l’évêque comme le Seigneur lui-même » (Lettre aux Éphésiens V,1). Cela ne veut pas dire pourtant que l’évêque possède un pouvoir arbitraire, car il doit lui-même être attaché à la Tradition de l’Église et être en communion visible avec l’ensemble de l’épiscopat orthodoxe auquel appartient la plénitude du pouvoir, conformément à la structure conciliaire de l’Église héritée de la communauté apostolique. D’autre part si, en vertu du charisme doctoral inclus clans la succession apostolique, les évêques légitimes ont la prérogative exclusive d’expliciter officiellement la croyance constamment professée par l’Église et comme corollaire le pouvoir d’excommunier les hérétiques, c’est à tout le peuple chrétien qu’il appartient de défendre la Foi contre toute déformation. C’est d’ailleurs dans l’union des pasteurs et de tout le peuple chrétien fidèles au message du Seigneur et à la Foi apostolique que se manifeste l’unité catholique de la Sainte Église de Dieu.

archimandrite Pierre L’Huillier

Tag(s) : #orthodoxie

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