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CREDO ( ARTICLE 8 )

Et en l’Esprit Saint, Seigneur,
qui donne la vie,
qui procède du Père,
qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils,
qui a parlé par
les prophètes.

Après avoir proclamé sa foi en la personne et l’œuvre de Notre Seigneur Jésus-Christ, l’Église exprime sa croyance en la troisième Personne de la Sainte Trinité. Les Pères du Ier Concile œcuménique avaient seulement rappelé la foi de l’Église dans l’existence du Saint Esprit ; cela s’explique par le fait qu’ils avaient surtout porté leur attention sur la doctrine de la divinité du Verbe, point sur lequel se heurtaient l’orthodoxie catholique et l’arianisme. Cependant les développements de la controverse au cours du IVe siècle ne pouvaient manquer de toucher la pneumatologie, parce que non seulement les ariens niaient la divinité du Saint Esprit, mais aussi certains chrétiens, qui rejetaient la doctrine arienne concernant le Verbe, n’admettaient point la divinité et la consubstantialité de l’Esprit. Aussi les Pères de cette époque durent défendre la doctrine orthodoxe concernant la troisième personne de la Sainte Trinité et par voie de conséquence les relations intra-trinitaires. Le deuxième Concile œcuménique, réuni à Constantinople en 381, réitéra la condamnation de l’arianisme sous toutes ses formes et il flétrit en particulier l’hérésie de Macédonius, qui niait la divinité du Saint Esprit. Si les Pères de l’Église ont alors affirmé clairement la pleine divinité de la troisième Personne de la Sainte Trinité, néanmoins, pour ne pas effaroucher certains conservateurs qui étaient hostiles à toute expression nouvelle, même si elle exprimait d’une manière adéquate la croyance constante de l’Église, les termes de « Dieu » et de « consubstantiel » ne furent pas insérés dans l’article du Credo concernant le Saint Esprit. Celle prudence porta ses fruits et en fait l’hérésie des « pneumatomaques » (c’est-à-dire ceux qui « combattent l’Esprit ») fut écrasée et la terminologie trinitaire exprimant la croyance de l’Église fut définitivement fixée.

La foi chrétienne sur le Saint-Esprit comme personne distincte de la Sainte Trinité a son fondement dans la révélation néo-testamentaire et en premier lieu dans ces mots de Notre Seigneur : Allez enseigner tontes les nations les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit (Mt 27, 19).

L’Ancien Testament connaissait certes l’Esprit de Dieu comme force agissante et, dans la vision des prophètes, la fin des temps est caractérisée par l’effusion de cet Esprit (cf. Is 44, 3 et Jl 2, 28), mais c’est dans le Nouveau Testament que le Verbe et l’Esprit sont connus comme personnes.

Sans renoncer en aucune façon au monothéisme strict de la révélation du Sinaï et tout en affirmant le principe de l’unité numérique de l’Être divin, le christianisme confesse que ce monothéisme n’est pas unipersonnel mais trinitaire.

Cette progression dans l’approche du mystère divin est bien mise en lumière dans un admirable passage de saint Grégoire de Naziance : « L’Ancien Testament, écrit-il, a clairement manifesté le Père, obscurément le Fils. Le Nouveau Testament a révélé le Fils et a insinué la divinité de l’Esprit. Aujourd’hui l’Esprit vit parmi nous et il se fait plus clairement connaître. Car il eut été périlleux, alors que la divinité du Père n’était point reconnue, de prêcher ouvertement le Fils, et, tant que la divinité du Fils n’était point admise, d’imposer, si j’ose dire, comme surcharge, le Saint Esprit... Il convenait bien plutôt que, par des additions partielles, et, comme dit David, par des ascensions de gloire en gloire, la splendeur de la Trinité rayonnât progressivement... Le Sauveur connaissait certaines choses qu’il estimait que ses disciples ne pourraient encore porter, bien qu’ils fussent pleins déjà d’une doctrine abondante... et il leur répétait que l’Esprit, lors de sa venue leur enseignerait tout. Je pense donc qu’au nombre de ces choses était la divinité elle-même du Saint Esprit » (Orat. 31-theol. V, 24-26).

Dans la Sainte Trinité, la source de la divinité est le Père de qui le Fils tient son essence par génération et l’Esprit par procession. C’est pourquoi, en conformité avec l’enseignement du Sauveur lui-même (Jn 15, 26), le Symbole affirme que le Saint Esprit procède du Père. La différence entre le Fils et l’Esprit, quant au mode d’être (tropos tês hyparxeôs) implique une distinction hypostatique ; l’Église insiste sur ce point, mais en même temps les Saints Pères confessent l’impossibilité pour l’esprit humain de comprendre en quoi consiste cette différence. Saint Grégoire de Naziance écrit : « Tu demandes ce qu’est la procession du Saint Esprit ? Dis-moi d’abord ce qu’est l’innascibilité du Père. Alors à mon tour j’expliquerai la génération du Fils et la procession du Saint Esprit. Ainsi serons-nous frappés tous les deux ensemble de folie pour avoir voulu scruter le mystère de Dieu » (Orat. 31, 8).

Saint Jean Damascène note d’une manière concise : « Aucun effort d’intelligence ne peut nous livrer le comment de la génération et de la procession » (De fide orth. 1, 8). En Occident, par contre, la théologie scolastique a essayé de donner une explication de la génération et de la procession a partir des analogies psychologiques. Il est vrai que saint Augustin avait déjà usé de cette méthode, seulement l’évêque d’Hippone n’y avait jamais vu autre chose que des comparaisons pour permettre à l’esprit humain une certaine approche du mystère trinitaire et non pas une explication rationnelle des relations intra-divines ; il écrit d’ailleurs : « Quant à la différence qu’il y a entre la génération et la procession, je ne sais, ni ne puis ni ne suffis » (C. maxim. 11, 14).

L’Église orthodoxe considère comme l’expression adéquate et suffisante de sa foi la formule « procédant du Père ». Face aux hérétiques qui affirmaient que l’Esprit n’était qu’une créature, les défenseurs de l’Orthodoxie mettent l’accent sur le fait que le Saint Esprit tient directement son existence du Père ; c’est en ce sens due saint Grégoire de Naziance déclare : « L’Esprit Saint qui procède du Père, du fait même qu’il en procède, n’est pas une créature » (Orat. 31, 8).

En Occident, la théologie trinitaire a partir du Ve siècle a pris une autre direction : pour corroborer la divinité du Fils contre l’arianisme et pour souligner la relation entre le Saint Esprit et le Fils, on a commencé a affirmer, sporadiquement d’abord, systématiquement ensuite, que le Saint Esprit procède du Père et du Fils (filioque). Parallèlement au développement de cette conception, en Espagne d’abord, puis en Gaule et en Germanie on ne craignit point d’altérer le symbole universel de foi en y ajoutant le terme Filioque. Rome désapprouvait cette addition. Mais au début du XIe siècle, alors que la papauté était entièrement sous la coupe des empereurs germaniques, l’interpolation fut introduite à Rome même. Cela était doublement condamnable, premièrement parce que cette addition exprimait une doctrine sans fondement dans la Révélation, deuxièmement parce que la modification du texte du Credo avait été faite unilatéralement par l’Église d’Occident en violation du principe catholique de conciliarité.

Si l’Esprit Saint procède du Père seul, il ne s’en suit pas qu’il soit étranger au Fils ; c’est pourquoi saint Jean Damascène écrit : « Nous disons aussi que le Saint-Esprit procède du Père et nous l’appelons l’Esprit du Père, nous ne disons pas qu’il procède du Fils, mais qu’il est l’Esprit du Fils » (De fide orth. 1, 8). Dans l’admirable symbole de saint Grégoire de Néo-Césarée (IIIe s.), nous lisons : « Et un seul Esprit-Saint, tenant de Dieu [c’est-à-dire du Père] son existence et manifesté aux hommes par le Fils, Image parfaite du Fils parfait, vie cause des vivants, source sainte, sainteté produisant la sanctification, dans lequel est révélé Dieu le Père qui est sur tout et en tout, et le Fils par qui tout (est) ». Ainsi si dans l’ordre ontologique et éternel l’Esprit procède du Père, dans celui de la mission, il est manifesté par le Fils : « Nous confessons, écrit saint Jean Damascène qu’il (i. e. le Saint Esprit) nous est donné et manifesté par le Fils » (De fide orth., ibid.).

L’Esprit Saint est la source de toute sanctification : avant sa Passion, le Seigneur annonce la venue de l’Esprit et cette promesse s’est réalisée lors de la Pentecôte. La vie de l’Église n’est rien d’autre que cet événement perpétué en particulier par les sacrements. C’est la présence de l’Esprit Saint qui distingue fondamentalement dans son comportement l’Église de toute autre société et lui donne une sereine assurance au milieu des difficultés.

L’Esprit Saint est la force agissante dans la sanctification de chaque chrétien : c’est à cause de la réception de la grâce de l’Esprit Saint que nous pouvons crier, en nous adressant à Dieu,Abba, Père (Rm 7,15 et Ga 4,6). C’est pourquoi saint Paul appelle le Saint-Esprit, l’Esprit d’adoption : L’Esprit lui-même porte témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu (Rm 8, 16).

Nous confessons dans le Credo que l’Esprit est Vivificateur parce que la grâce qu’il communique nous rend réellement participants de la nature divine (2 P 1, 4). Cela ne doit pas être interprété dans un sens panthéiste, mais il faut aussi se garder de vider l’Écriture de sa vraie signification en entendant cette expression comme une métaphore : c’est pourquoi l’Église orthodoxe, pour sauvegarder la doctrine de la transcendance de Dieu et en même temps affirmer la possibilité de la déification de l’être créé, enseigne fermement la distinction entre l’essence incommunicable de Dieu et les énergies divines accessibles à l’homme. C’est cette grâce déifiante qui illumine déjà en ce siècle ceux qui par l’ascèse s’arrachent aux vanités de ce monde et c’est cette grâce qui après la seconde parousie transfigurera l’ensemble du cosmos et manifestera la victoire du Christ, unissant dans la lumière et l’amour la créature au Créateur.

archimandrite Pierre L’Huillier

Tag(s) : #orthodoxie

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