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CREDO ( ARTICLE 6 )

Il est monté au ciel, et siège à la droite du Père.

Proclamant la foi en l’œuvre salutaire de notre Seigneur, le Credo, après avoir affirmé la Résurrection au troisième jour, mentionne l’Ascension et la Session « à la droite du Père ». Ainsi s’achève la série des articles du Credo relative au ministère terrestre du Christ. Pourtant si le temps de l’Incarnation, ou plus exactement de la présence corporelle du Christ sur la terre, est clos avec l’Ascension, il n’y a pas de rupture avec la période suivante, le temps de l’Église qui s’achèvera avec la seconde et glorieuse venue de notre Seigneur. Ce lien entre les deux périodes est doublement souligné dans les saintes Écritures : d’abord d’une manière externe, par la composition littéraire : saint Luc termine son Évangile par la mention de l’Ascension et commence le livre des Actes en reprenant de façon plus étoffée le récit de l’événement ; ensuite d’une manière interne : le Nouveau Testament nous rapporte les paroles du Seigneur soulignant que sa montée au ciel ne constitue nullement un abandon. Dans l’Évangile selon saint Matthieu les dernières paroles du Christ qui sont mentionnées fondent la sereine assurance de l’Église en la sollicitude permanente du Sauveur (Mt 28, 20). Elles trouvent leur écho dans le kondakion de la fête : « Ayant accompli en notre faveur ton œuvre de salut, après avoir uni les cieux et la terre et les hommes avec Dieu, dans la gloire, ô Christ notre Dieu, tu montas vers le ciel sans pour autant nous délaisser, mais restant toujours parmi nous et disant à ceux qui conservent ton amour : Je suis toujours avec vous et personne à jamais ne peut rien contre vous ».

L’Ascension marque le couronnement du sacrifice du Christ ; l’Agneau immolé se présente devant le Père, manifestant en sa personne divino-humaine l’union rétablie entre Dieu et l’homme. On lit à ce propos dans l’épître aux Hébreux : Ayant offert pour les péchés tin unique sacrifice, il s’est assis pour toujours à la droite de Dieu (Hé 10,12). La mort rédemptrice sur la Croix, la Résurrection et l’Ascension sont si étroitement liées que Notre Seigneur en parle comme d’un tout inséparable lorsqu’il déclare : Et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi (Jn 12,32).

La descente des cieux mentionnée dans le troisième article du Credo ne peut être rapprochée de l’Ascension que sur un plan limité, celui de la kénose du Fils de Dieu qui commence avec l’Incarnation et s’achève à l’Ascension. Encore ne faut-il pas oublier que la kénose n’a rien modifié dans les relations intra-trinitaires, car le Dieu tri-hypostatique demeure immuable et inaltérable et donc le Fils est ontologiquement uni au Père et à l’Esprit Saint en dehors de toute contingence temporelle. D’autre part, il faut souligner le caractère propre de l’Ascension qui réside dans l’exaltation du Dieu-Homme : le Christ, nouvel Adam, est le chef d’une humanité rénovée qui, justement en sa personne, se trouve désormais assise en gloire à la droite du Père. Par là nous voyons que la Rédemption n’a pas été simplement la levée de la malédiction due au péché, car la glorification de l’humanité acquise en Jésus Christ est définitive. C’est pourquoi l’apôtre Paul peut s’écrier : puisse Dieu illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints, et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous les croyants, selon la vigueur de sa force qu’il a déployée en la personne du Christ, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant siéger à sa droite dans les cieux, bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie et de tout autre nom qui se pourra nommer non seulement dans ce siècle-ci, mais encore dans le siècle à venir (Ép. 1,17-21).

L’Ascension n’est donc nullement une désincarnation du Verbe divin, car dans l’histoire du salut telle qu’elle se déploie selon le dessein prééternel de Dieu, il n’y a pas de mouvement régressif. La doctrine néo-testamentaire de l’Église, Corps du Christ, n’est compréhensible qu’à partir de la croyance en l’Ascension et en la Session à la droite du Père : le Christ répand sur l’Église la vie divine d’une manière, si l’on peut dire, organique en vertu du principe de solidarité entre la tête et les membres : Il [Dieu le Père] a tout mis sous ses pieds et l’a constitué au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son Corps (Éph 1,22 ; cf. Col 1,18). Il ne faut pas éluder, dans une saine théologie, la force de cette affirmation, sinon il faudrait aussi vider de leur sens réel d’autres affirmations scripturaires, telle celle qui proclame la possibilité pour les membres de l’Église de devenir participants de la nature divine (2 P 1,4) ; c’est seulement aussi en se référant à la doctrine du Corps ecclésial que nous pouvons comprendre cette parole apparemment mystérieuse du Sauveur rapportée par le quatrième Évangile : En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoule ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et n’est pas soumis au jugement, mais il est passé de la mort à la vie (Jn 5,241).

C’est parce que l’Ascension n’est pas une rupture que la Pentecôte en est la suite nécessaire, comme le Seigneur l’affirme clairement : Je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai (Jn 16,7). Bien que nous appelions Pentecôte un événement précis, l’effusion de l’Esprit Saint cinquante jours après Pâques, tout le temps de l’Église qui débute, alors peut être considéré comme une Pentecôte perpétuelle, car la vie de l’Église ne se comprend que dans la perspective d’une action de l’Esprit Saint. À chaque Liturgie eucharistique, en particulier, le célébrant demande à Dieu d’envoyer son Esprit Saint sur le peuple assemblé et sur les oblats.

Le Christ, en s’offrant en sacrifice, a réconcilié l’humanité avec Dieu ; par l’Ascension cette humanité, en la personne de son chef, est unie à la divinité et siège en gloire à la droite du Père ; mais il appartient à chaque homme de s’approprier ce salut offert en Jésus Christ, car la liberté humaine saurait être violée ; Dieu offre le salut mais il ne l’impose pas. Après l’Incarnation, comme avant, l’homme naît clans le péché, esclave des forces mauvaises, mais depuis l’accomplissement de l’œuvre rédemptrice du Christ, il lui est donné d’être intégré dans la nouvelle création en devenant membre du Corps du Christ. Pour cela il faut que l’homme soit réceptif à la grâce prévenante, car de ses propres forces il ne peut rien commencer ; c’est ce que l’Église enseigne fermement face à toute conception pélagienne du salut ; mais cette nécessaire intervention initiale de Dieu n’implique aucune attitude passive de la part de l’homme et chacun doit avoir présent à l’esprit les paroles que le maître adresse à ses disciples de tous les temps : Que celui qui veut venir derrière moi se renie lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive (Mt 16,24 ; cf. Mc 8,34 et Lc 9,23). Quitter le vieil homme pour revêtir le nouveau exige une ascèse continue, car si le baptême signifie un renoncement à la domination satanique et une agrégation au Corps du Christ, il faut sans cesse lutter pour conserver ce qui a été acquis et le faire fructifier ; cependant cette ascension spirituelle, aussi rude qu’elle puisse être, s’accomplit dans l’ambiance fondamentalement optimiste du christianisme, car le croyant entend résonner ces paroles du Seigneur qui maintiennent sa vigilance et affermissent son espérance : Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde ! (Jn 16,33).

Tag(s) : #orthodoxie

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