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CREDO ( ARTICLE 5 )

Il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures.

La croyance en la Résurrection de Jésus Christ est au cœur du christianisme authentique ; c’est pourquoi saint Paul écrit aux Corinthiens : Si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vide, vide aussi notre foi (1 Co 15, 14). Les apôtres sont par excellence les témoins du Christ ressuscité (voir surtout Ac 1, 21-22). C’est que la Résurrection a été l’éclatante manifestation de la messianité de Jésus et de sa divinité. L’attitude prise devant l’événement est la ligne de clivage entre la foi et l’incrédulité et cela demeure évidemment valable pour toutes les générations jusqu’à la fin des temps.

Si les Juifs, dans leur majorité, refusaient de reconnaître en Jésus ressuscité le Messie - soit qu’ils aient nié la réalité de la Résurrection, soit qu’ils n’en aient tiré aucune conséquence - du moins l’idée même d’une résurrection ne leur était pas étrangère, à l’exception pourtant dés sadducéens. Il n’en était pas de même des païens ; la prédication chrétienne de la résurrection générale et de celle déjà accomplie du Christ se heurtait à une grande difficulté de compréhension. On oublie parfois trop facilement de nos jours qu’il y a bien peu de points communs entre la conception philosophique d’une survie de l’âme et l’idée biblique de résurrection ; c’est pourquoi la prédication de saint Paul à l’Aréopage d’Athènes se heurta à un scepticisme sarcastique (Ac 17, 16-34). C’est ainsi que, pour des raisons différentes, la plupart des Juifs et des païens restèrent insensibles au signe de Dieu.

Pour les croyants auxquels il est donné par la foi de reconnaître la grandeur de l’événement, la Résurrection du Seigneur signifie le triomphe éclatant de la vie sur la mort, la levée de la malédiction qui pesait sur la descendance d’Adam. C’est pourquoi Pâques est la fête de la joie débordante ; la Liturgie orthodoxe l’exprime en ce jour avec une particulière emphase : « Une Pâque sacrée nous est apparue aujourd’hui ; Pâque nouvelle et sainte, Pâque mystique, Pâque très pure, Pâque du Christ notre libérateur ; Pâque immaculée, Pâque grandiose, Pâque des croyants ; Pâque qui nous ouvre les portes du paradis ; Pâque qui sanctifie tous les fidèles » (stichère des laudes pascales). Pour l’ancien Israël, Pâques était la commémoration de la libération du joug égyptien ; pour l’Église, nouvel Israël, la Pâque chrétienne est le rappel de la libération du joug de la mort ; elle est aussi l’annonce de la résurrection générale, dont celle du Christ est le principe efficace.

Ce n’est pas seulement dans l’office pascal que l’Église nous rappelle le grand mystère de la Résurrection, c’est dans chaque office dominical. Le thème pascal imprègne aussi tout le rite baptismal, puisque le néophyte est passé spirituellement de l’esclavage satanique à la vie en Christ : Nous tous qui avons été baptisés en Jésus Christ, déclare saint Paul, c’est en sa mort que nous avons été baptisés. Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts pour la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions dans la vie nouvelle (Rm 6, 3-4).

L’acte même de la Résurrection du Sauveur a échappé à toute investigation humaine ; il n’y a d’ailleurs dans les Évangiles aucune description de l’événement, c’est pourquoi l’iconographie orthodoxe traditionnelle ne représente pas la Résurrection elle-même, mais l’apparition qui a suivi (voir Léonide Ouspensky : « Peut-on représenter la Résurrection du Christ ? » Messager de lExarchat, N° 21, 1955, pp. 7-8).

Le Christ ressuscité a été vu par de nombreux témoins. Saint Paul mentionne même que notre Seigneur est apparu « à plus de cinq cents frères à la fois » (1 Co 4, 6). En ajoutant que « la plupart vivent encore » (ibid.), l’apôtre laisse entendre aux Corinthiens qui auraient eu des doutes, qu’il leur est possible de les interroger. Toutefois, il n’y a pas eu de « Christophanie » [manifestation du Christ] qui aurait revêtu un aspect grandiose propre à imposer à tous les hommes, ou même à tous les jérusalémites, la foi en la Résurrection du Seigneur. Cette apparition sera celle de la seconde parousie, lorsque Jésus Christ reviendra en gloire juger les vivants et les morts. Jusque-là, il y a pour chaque personne la liberté du choix, et pour ceux qui acceptent d’être réceptifs à la grâce divine retentissent les consolantes paroles du Christ ressuscité : Bienheureux ceux qui croiront sans avoir vu (Jn 20, 29). C’est pourquoi les générations chrétiennes, même celles qui sont éloignées de près de vingt siècles de l’âge des témoins apostoliques, proclament avec ferveur : « Ayant contemplé la Résurrection du Christ, nous adorons le Seigneur Jésus, le seul sans péché. Nous adorons, ô Christ, ta croix et nous chantons et glorifions la sainte Résurrection ». Ainsi donc, en esprit les chrétiens accourent vers le sépulcre comme les saintes femmes myrhophores afin d’entendre les paroles de l’ange qui annoncent la bonne nouvelle.

Pour le chrétien, la reconnaissance du fait de la Résurrection ne saurait être un acte purement intellectuel ; chaque baptisé doit pouvoir dire avec l’apôtre Paul : « Je suis crucifié avec le Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 19-20). La condition du chrétien est paradoxale : il vit dans le monde, mais par son adhésion au Christ, il rompt avec ce monde pour autant que celui-ci se refuse à reconnaître la souveraineté du Christ.

Le Credo affirme que notre Seigneur « est ressuscité le troisième jour selon les Écritures ». Cette dernière expression comporte une bien plus grande richesse que cela peut sembler au premier abord. Cette référence à l’Ancien Testament - car le terme d’Écritures se rapporte ici à l’Ancien Testament - est double : sur un plan immédiat, il y a le témoignage prophétique direct du livre de Jonas ; notre Seigneur présente le « signe de Jonas » comme la préfiguration de son ensevelissement et de sa résurrection (Mt 12, 38-40 et 16, 1-4 ; Lc 11, 29-32). Mais il y a aussi un autre plan qui englobe l’Ancien Testament dans son ensemble, en tant que tourné vers la personne et l’œuvre du Messie. C’est ainsi que le Christ ressuscité explique les Écritures aux pèlerins d’Emmaüs : Esprits sans intelligence, lents à croire tout ce qu’on annoncé les prophètes ! Ne fallait-il pas due le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? Et commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, il leur interpréta dans les Écritures ce qui le concernait (Lc 24, 25-27). Aux apôtres notre Seigneur déclare : Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures et il leur dit : Ainsi était-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour... (Lc 24, 44-46). Il faut remarquer que selon la façon juive de s’exprimer, la Loi, les Prophètes et les Psaumes signalaient l’ensemble des Écritures, conformément aux trois grandes divisions de la bible hébraïque.

L’utilisation des témoignages vétérotestamentaires en faveur de la Résurrection de Jésus Christ dans la catéchèse chrétienne primitive jouait un rôle très important. Nous pouvons d’ailleurs aisément nous en rendre compte eu lisant le discours de saint Pierre à la foule le jour de la Pentecôte (Ac 2, 14-36, en particulier 25-35).

archimandrite Pierre L’Huillier

A suivre...

Tag(s) : #orthodoxie

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