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CREDO (ARTICLE 4 )

Il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
a souffert et a été en
seveli.

L’œuvre salvatrice de Notre Seigneur Jésus Christ est un tout indissociable ; l’Incarnation, la Mort sur la Croix, la Résurrection ne sont que des moments successifs de cette même oeuvre.

L’article du Credo sur la Passion mentionne due cet événement a eu lieu « sous Ponce Pilate », Par la est souligné le caractère historique de la Passion. Alors que les exploits supposés des dieux et des héros païens se situaient dans un passé reculé et fabuleux, l’ouvre salvatrice du Christ appartient à un moment historique précis et se place clans un milieu nettement déterminé.

On notera la répétition de l’expression « pour nous », déjà rencontrée dans l’article sur l’incarnation : la mort rédemptrice de Jésus Christ est source de pardon et de réconciliation non seulement pour l’humanité en général, mais pour chaque croyant en particulier : entre le Christ et chaque chrétien il y a une relation personnelle et c’est à chacun d’entre nous qu’est adressé cet appel : Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même et qu’il me suive (Mt 16,24).

La mort sur la Croix ne peut être séparée de la Résurrection, mais il faudrait bien se garder d’une interprétation erronée qui masquerait l’aspect glorieux, propre à la Passion elle-même. Si la Résurrection du Seigneur a manifesté sa victoire, la mort sur la Croix a inexorablement déjà signifié la défaite des forces du mal. Les paroles de Jésus crucifié : Eli, Eli, lema sabachtani (Mt 27,46) sont tirées d’un psaume messianique qui exprime non seulement la souffrance dit juste, mais aussi sa confiance en Dieu (Ps 22) et doivent être mises en parallèle avec le chant du Serviteur de Yahvé (Isaïe 52,13-53,12), et le dernier mot de Jésus expirant est : Tout est accompli (Jn 19,30). Ce caractère glorieux de la Passion est universellement souligné dans la Tradition : ‘en Orient, la Croix reçoit régulièrement l’épithète de « vivifiante », tandis que dans les Liturgies occidentales, la Passion est généralement qualifiée de« glorieuse » ou de « bienheureuse ». Cela est fidèlement reflété dans l’iconographie orthodoxe qui est étrangère à toute contemplation morbide de la crucifixion ; même en ce moment de « kénose » extrême, l’Église n’oublie pas que celui qui est suspendu sur le bois est « celui qui a suspendu le monde » (Office byzantin des Saintes Souffrances, 15e antienne). Pourtant, il ne faudrait pas en déduire que l’Église arrête sa pensée sur l’immense et réelle souffrance de Jésus crucifié. Elle l’exprime, au contraire, avec un réalisme vibrant de douleur et d’autour : « Chacune des parties de ta Chair sainte a souffert quelque déshonneur à cause de nous : ta tète, les épines ; ta face, les crachats ; ta bouche, le goût du vinaigre et du fiel ; tes oreilles, les blasphèmes injurieux ; tes épaules, la pourpre de dérision ; ton dos, la flagellation ; ta main, le roseau ; les tiraillements de tout ton Corps sur la croix ; tes membres, les clous, et ton côté, la lance. Toi qui as souffert pour nous et qui, en souffrant, nous a libérés, toi qui par amour envers les hommes t’es abaissé avec nous et qui nous as relevés, Sauveur, aie pitié de nous » (ibid.).

C’est un dogme fondamental pour le christianisme que la mort sur la Croix a apporté à l’humanité déchue la rédemption et la réconciliation avec Dieu. Une interprétation erronée, ou tout au moins gravement déficiente, de ce dogme consisterait à placer la Rédemption dans une catégorie juridico-éthique, tendance qui a marqué de son empreinte la théologie occidentale depuis le Moyen-Âge, au détriment du vigoureux réalisme de la pensée chrétienne antique. Dans la perspective juridico-éthique, l’accent est mis sur l’offense faite à Dieu par le péché originel, offense qui nécessite une réparation pour apaiser le courroux divin, et c’est la mort du Fils de Dieu incarné qui constitue le sacrifice de réparation.

La perspective orthodoxe, fondée sur la Sainte Écriture ainsi que sur la tradition liturgique et patristique antique apparaît d’une autre dimension : le péché originel fut le fruit amer de la liberté concédée à l’homme par son Créateur : Dieu a voulu être adoré et aimé par des créatures libres, car seule cette liberté donne un sens à l’amour ; sans possibilité d’autodétermination. - et donc de refus -, l’amour de l’homme pour Dieu n’aurait été que la réflexion de l’amour de Dieu pour lui-même, comme l’est l’éclat d’une lumière projetée sur un miroir. En optant pour le mal, l’homme a trahi sa vocation et s’est trouvé asservi au pouvoir de l’Ennemi, Dieu pourtant n’a pas laissé l’humanité aller à la dérive. Certains Pères de l’Église, tels saint Irénée et saint Théophile d’Antioche, expliquent la condescendance divine par le caractère non-adulte de l’humanité primitive. Bien qu’ayant péché librement, l’homme n’avait pas une responsabilité absolue. L’œuvre de réconciliation s’est faite en Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme. En se livrant volontairement à la mort, il en a brisé irrémédiablement la puissance, puisque la mort n’a pu vaincre l’Homme-Dieu. Comme dit l’hymne latin Victimae paschali : « La mort et la vie ont engagé un stupéfiant combat ; l’Auteur de la vie, après être mort, vit et règne ».

Homme sans péché, prémices d’une humanité nouvelle libérée de l’esclavage diabolique, le Christ se présente au Père comme la victime pure, l’agneau sans tache. L’aspect sacrificiel de la mort de Jésus Christ est étroitement lié à l’Ancienne Alliance qui est accomplie et dépassée. Les oblations de l’ancienne Loi étaient appelées à attirer la faveur divine, afin que Dieu agrée l’expiation des fautes ; elles étaient l’annonce et la figure du sacrifice parfait du Christ, grand prêtre et victime, qui est, comme dit la Liturgie de saint Jean Chrysostome, « celui qui offre et qui est offert ». Le sacrifice du Christ n’est pas seulement le dernier des sacrifices, il est l’unique vrai sacrifice, ce qu’exprime si bien l’Épître aux Hébreux : Tel est précisément le grand prêtre qu’il nous fallait, saint, innocent, immaculé, séparé désormais des pécheurs, élevé plus haut que les cieux, qui ne soit pas journellement dans la nécessité, comme les grands prêtres, d’offrir des victimes d’abord pour ses propres péchés, ensuite pour ceux du peuple, car ceci, il l’a fait une fois pour coules en s’offrant lui-même. La Loi, en effet, établit comme grands prêtres des hommes sujets à la faiblesse ; mais la parole du seraient - postérieur a la Loi - établit le Fils rendu parfait pour l’éternité (Hé 7,26-28).

Après sa mort, le Seigneur a été enseveli et son corps est resté jusqu’au troisième jour dans le tombeau. Ce moment est décrit avec une grande précision théologique dans un tropaire du rite byzantin : « Dans le tombeau corporellement, dans les enfers en âme comme Dieu, au paradis avec le larron, tu étais sur le trône avec le Père et l’Esprit, ô Christ, qui emplis tout et qu’aucun lieu ne peut contenir ».

Durant son ministère terrestre, Notre Seigneur avait fait allusion à son ensevelissement. Aux Juifs qui demandaient un signe, Jésus répond : Génération mauvaise et adultère. Elle réclame un vigne, et de signe, il ne lui sera donné que celui du prophète Jonas (Mt 12,39), et encore : Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai (Jn 2,19).

Pénétrant dans l’Enfer en libérateur, brisant par sa propre mort le pouvoir de la mort que le péché avait introduit, le Christ est le nouvel Adam, prémices d’une race nouvelle qui peut, par son adhésion au Christ vainqueur, retrouver sa vraie vocation, celle de l’union avec Dieu.

archimandrite Pierre L’Huillier

A SUIVRE...

Tag(s) : #orthodoxie

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