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credo ( ARTICLE 3 )

Qui, pour nous, hommes, et pour notre salut,
est descendu des cieux,
s’est incarné du Saint Esprit et de la Vierge Marie,
et s’e
st fait homme.

Alors que le deuxième article du Credo traitait du Fils dans sa relation ontologique et éternelle avec le Père, l’article suivant se rapporte à l’incarnation du Fils.

La révélation néo-testamentaire, en proclamant hautement que le Messie attendu par Israël est le Verbe de Dieu incarné, représente à la fois l’accomplissement et le dépassement de l’Ancien Testament : les prophètes avaient clairement annoncé l’avènement d’une ère nouvelle inaugurée par un Messie, c’est-à-dire un envoyé du Très-Haut ; les traits de ce Messie sont mêmes précisés ; c’est ainsi que le livre d’Isaïe dépeint la figure du Serviteur humilié et outragé (Is 53). Par ailleurs, la pensée juive, tout en restant fidèle au monothéisme strict. avait entrevu une certaine personnalisation de la Sagesse divine (par exemple, Pr 8-9, Ecc 1 et 24) mais jamais le rapprochement de personnalité n’avait été clairement fait entre le Messie libérateur et la Sagesse divine hypostasiée. En outre, les derniers siècles qui précédèrent notre ère avaient vu l’éclosion chez les Juifs d’un nationalisme exalté et teinté de xénophobie qui estompait quelque peu la vision messianique universaliste des anciens prophètes. Le Messie attendu l’était, chez beaucoup, sous les traits d’un restaurateur de l’État juif ; même les Apôtres, avant la Pentecôte, n’arrivaient pas à se libérer de cette conception (Ac 1, 6).

Le troisième article du Symbole est l’écho de l’affirmation évangélique : Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous (Jn 1,14). L’Église a toujours défendu avec une extrême vigueur la doctrine de l’Incarnation contre ceux qui niaient ou déformaient cette vérité qui fonde la certitude du salut. Dans le commentaire de l’article précédent, nous avons souligné l’attachement de l’Église à la proclamation de Jésus Christ comme vrai Dieu et vrai Homme. Le christianisme orthodoxe a lutté avec acharnement contre les docètes qui, par dualisme gnostique, niaient la réalité de l’Incarnation ; c’est contre ces hérétiques que saint Jean polémise dans sa première épître, lorsqu’il écrit : À ceci reconnaissez l’esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair est de Dieu : tout esprit qui ne confesse pas .Jésus Christ n’est pas de Dieu ; c’est là l’esprit de l’Antichrist (1 Jn 4,2-3). Dans sa deuxième épître, il écrit encore : C’est que beaucoup de séducteurs se sont répandus dans le monde qui ne confessent pas Jésus Christ venu dans la chair. Voilà bien le Séducteur, I’Antichrist (2 Jn 7-8). Par là même, la Sainte Écriture nous met en garde, non seulement contre cette hérésie des docètes, mais également et plus généralement contre tout pseudo-spiritualisme qui ne place pas au centre de son enseignement Jésus Christ, Verbe de Dieu incarné.

L’Incarnation est l’ «événement » par excellence dans l’histoire du Salut : elle n’est pas un fait que l’on puisse co-numérer avec d’autres. C’est l’événement qui a modifié radicalement l’histoire car, par l’Incarnation du Verbe, les rapports entre Dieu et l’homme ont été totalement transformés. Le christianisme a une conception linéaire et non pas cyclique du temps : c’est-à-dire que le temps a un commencement marqué par la création et une fin qui sera marquée par le Jugement dernier. Et cette ligne est justement coupée en un point par l’Incarnation. Les Apôtres et les chrétiens des premiers siècles n’ont point méconnu ce caractère décisif de l’Incarnation dans laquelle ils ont justement vu l’inauguration de l’ère eschatologique annoncée par les prophètes (voir par exemple Ac 11,14-36 ; à noter la référence à Joël 3,1-5). Quant à saint Irénée de Lyon, le grand docteur et témoin de la Tradition à la fin du IIe siècle, il appelle l’ère inaugurée par l’Incarnation les novissima tempora, les temps derniers (Adv. Haer. 3,24,1), indépendamment de toute considération de durée.

On remarquera combien la terminologie du Credo est simple et les explications dogmatiques concises : là encore, il faut avoir présent à l’esprit ce qui a été dit dans le commentaire de l’article précédent sur l’absence voulue de toute théologie spéculative.

La cause de l’Incarnation est donc résumée en ces termes : « pour nous, hommes, et pour notre salut ». Les spéculations vaines et oiseuses pour savoir si l’Incarnation aurait eu lieu même sans le péché originel et donc sans nécessité d’une rédemption proprement dite n’ont pas de place dans un énoncé de la Règle de Foi. Par ailleurs, on notera que l’universalité du salut offert à l’humanité est implicitement affirmée dans la formulation de l’article, conformément aux paroles très claires de la Sainte Écriture : Voilà ce qui plait à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que lors les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1 Tm 11,3-4 ). Il est à peine besoin d’ajouter que l’expression du Credo « ...pour nous, hommes,... » ne porte pas seulement sur cet article mais aussi sur les suivants qui traitent de l’économie du Verbe incarné.

Les mots « est descendu des cieux » ne se rapportent évidemment pas à une conception grossièrement matérielle ; ils marquent l’infinie condescendance divine dans l’Incarnation et soulignent la réalité de l’événement dont la mystérieuse grandeur est exprimée avec tant de justesse et de beauté dans la lettre dogmatique de saint Sophrone (VIIe siècle) qui écrit : « ...Il s’est incarné, lui, l’incorporel ; il prend notre forme, lui qui, selon l’essence divine, était exempt de forme, quant à l’extérieur et à l’apparence ; il prend un corps comme le nôtre, lui, l’immatériel, il devient véritablement homme, sans cesser d’être reconnu comme Dieu. On le voit porté dans le sein de sa mère, lui qui est dans le sein du Père éternel ; lui, l’intemporel, reçoit un commencement dans le temps ; tout cela, non par caprice, mais s’anéantissant vraiment et réellement tout entier, par la volonté de son Père et la sienne, assumant toute notre pâte humaine, en prenant une chair consubstantielle à nous, une âme raisonnable, semblable à nos âmes, un esprit identique ait nôtre ; puisque c’est en cela que consiste l’homme » {Lettre dogmatique PG 87, col. 3160-61). Il faut noter que le terme « s’anéantissant », qui est tiré de saint Paul (Ph 11,7) ne doit pas être misinterprété, car ce dont le Christ s’est dépouillé dans l’Incarnation, ce n’est pas de la nature divine mais de la gloire qu’il possède de toute éternité et qui aurait dû rejaillir sur son humanité, gloire qu’il manifeste d’ailleurs dans la Transfiguration. L’Incarnation du Verbe n’implique nulle modification de la nature divine Une : celte vérité de la loi trouve des échos dans la Lex orandi de l’Église ; c’est ainsi que dans une prière de la Liturgie de saint Jean Chrysostome nous lisons : « Mais dans ton ineffable et incommensurable amour pour l’homme, tu t’es fait homme sans changement, ni altération et tu es devenu notre grand Prêtre... ».

L’Église confesse que Notre Seigneur « s’est incarné du Saint Esprit et de Marie la Vierge », conformément à ce qui est exprimé explicitement dans l’Évangile (Mt 1,18-2) ; Lc 1,26-38). La mention de la Très-sainte Vierge Marie souligne la réalité de l’humanité de Notre Sauveur, qui est le Messie de la race de David, annoncé par l’Ancien Testament. L’Incarnation s’est faite non seulement par la volonté pré-éternelle de la Sainte Trinité (1 P 1,17-21), mais aussi avec le consentement de la Très-sainte Vierge (Lc 1,38). Dans cette obéissance confiante en la parole de Dieu, la Tradition ecclésiale voit la réplique à la désobéissance d’Ève. Saint .Justin écrit dans la première moitié du IIe siècle : « Nous comprenons que le Christ s’est fait homme par le moyen de la Vierge, afin que la désobéissance provoquée par le serpent prit fin par la voie même où elle avait commencé. En effet, Ève, vierge et intacte, avant conçu la parole du serpent, enfanta la désobéissance et la mort, la Vierge Marie, ayant conçu foi et joie, quand l’ange Gabriel lui annonça que l’Esprit du Seigneur viendrait sur elle et la vertu du Très-Haut la couvrirait de son ombre, en sorte que l’Être saint né d’elle serait Fils de Dieu, répondit : "Qu’il me soit fait selon ta parole". Il est donc né d’elle, celui dont parlent tant d’Écritures... Par lui, Dieu ruine l’empire du serpent et de ceux, anges ou hommes, qui lui sont devenus semblables. et affranchit de la mort ceux qui se repentent de leurs fautes et croient en lui » (PG 6, col. 712). Avec beaucoup de sobriété et d’exactitude dogmatique, ce Père de l’Église, si proche de la génération apostolique, nous donne toutes les raisons sur lesquelles se fonde la vénération des chrétiens envers la Très-sainte Vierge Marie.

L’article se termine par l’expression « s’est fait homme ». Pour rendre la concision de l’original grec, il faudrait forger un mot unique « s’est en-humanisé ». Par l’Incarnation, le Christ devient, selon la nature humaine. en tout semblable à nous sauf le péché (cf. Hé 11,17 ; Rm 7, 3 ; Ph 11, 7).

archimandrite Pierre L’Huillier

A SUIVRE...

Tag(s) : #orthodoxie

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