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credo ( ARTICLE 10 )

Je confesse un seul baptême pour la rémission des péchés.

Cet article du Credo nous rappelle l’origine baptismale de la profession de foi. Proclamer qu’il n’y a qu’un seul baptême pour la rémission des péchés, c’est reconnaître que l’adhésion au Christ dans l’Église est l’unique voie assurée du salut. Dans l’antiquité, le sacrement du baptême était généralement conféré à des adultes qui étaient auparavant initiés à la doctrine chrétienne. En demandant à recevoir le baptême, les néophytes avaient conscience que ceci constituait la rupture avec leur vie antérieure. Aujourd’hui, sauf dans les pays de mission, il n’en est plus de même, les enfants étant généralement baptisés dès leur plus jeune âge afin de pouvoir participer il la vie chrétienne, conformément à la parole du Sauveur : Laissez venir à moi les petits enfants (Lc 17,16). Dans les deux cas, la récitation de cet article du Credo constitue un renouvellement des promesses faites soit directement, soit par l’intermédiaire du parrain ou de la marraine, lors du baptême. Dans la Liturgie, le Credo est justement lu ou chanté avant le commencement de l’anaphore (Anaphora signifie en grec « oblation » ; dans la langue liturgique, ce terme désigne aussi la partie centrale de la Liturgie eucharistique ; cela correspond dans la Messe romaine an canon, en y incluant la préface et le dialogue qui la précède).

À ce montent là, il constitue pour les fidèles réunis un rappel opportun des engagements baptismaux qui fait écho aux recommandations de saint Paul relatives à la Cène : Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’il mange alors de ce pain et boive de celle coupe (1 Co 9,28).

Dans le Credo, l’article sur le baptême vient immédiatement après celui concernant l’Église et cette disposition est logique puisqu’il n’y a pas d’autre moyen d’entrer dans la communauté ecclésiale fondée par le Christ que la réception du baptême. Ainsi ce sacrement est a l’origine de toute vie chrétienne ; il marque la naissance spirituelle et comme nous l’avons dit au début, cela implique initialement une rupture avec tout ce qui n’appartient pas au Royaume de Dieu ; il ne peut y avoir de compromis. Nul ne petit servir deux maîtres ; ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre (Mt 6,24 ; cf. Lc 16,13). L’apôtre Paul écrit aux Romains : Ignorez-vous que baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés ? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, connue le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dois une vie nouvelle… Si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que le Christ une fois ressuscité des morts ne meurt plus, que la mort n’exerce plus de pouvoir sur lui. Sa mort fut une mort au péché une fois pour toutes ; mais sa vie est une vie à Dieu. Et vous de même. regardez vous comme morts au péché et vivants pour Dieu dans le Christ Jésus (Rm 6,3-4 et 8-11).

Dans le rite baptismal, l’accent est bien mis sur les deux phases, celle de la rupture et celle de l’adhésion : « Renonces-tu à Satan, et à toutes ses oeuvres, et à tous ses anges, et à tout son culte et a tout te sa pompe ? » et plus loin : « Te joins-tu au Christ ? » Dans l’antiquité chrétienne, chaque portion du rite baptismal était chargée de symbolisme : on peut même dire que cela était poussé jusqu’au raffinement. Mais certains aspects de ce symbolisme dépassaient largement ceux d’un simple allégorisme : l’Église les a soigneusement gardés, quand bien même ils ne sont plus parfaitement compris par beaucoup aujourd’hui : les Pères, dans leurs catéchèses baptismales, insistaient sur le dépouillement du vieil homme de même que le revêtement d’une tunique blanche rappelle la pureté acquise par la réception du sacrement.

On sait que l’Église orthodoxe, sauf exceptions dûment motivées, confère toujours le baptême par immersion : c’est par là, en effet, que se manifeste la signification de ce sacrement. Nous lisons dans les Constitutions apostoliques cette prière pour sanctifier l’eau des fonts baptismaux : « Sanctifie cette eau afin que ceux qui sont baptisés soient crucifiés avec le Christ, meurent avec lui, soient ensevelis avec lui, et ressuscitent avec lui pour l’adoption ». Commentant les trois immersions qui figurent le triduum pascal, saint Cyrille de Jérusalem (IVesiècle) écrit ces lignes admirables : « Ô chose étonnante et paradoxale ! Nous ne sommes pas morts en réalité, et nous n’avons pas été enterrés en réalité, et nous ne sommes pas, après avoir été crucifiés, ressuscités en réalité. Mais l’imitation se fait en image, le salut, lui, en réalité. Le Christ a été réellement crucifié, et réellement mis au tombeau, et il est réellement ressuscité. Et toutes ces choses ont été accomplies par amour pour nous, afin que, ayant part par l’imitation à ses souffrances, nous obtenions en réalité le salut ». On comprend dès lors que ce n’est pas par un pur attachement au passé que l’Église orthodoxe est restée fidèle à l’antique manière d’administrer le sacrement du baptême : c’est à cause de toute la signification sacramentelle du rite. Il est certain que l’abandon du baptême par immersion entraîne un affaiblissement du symbolisme propre au sacrement.

Dans l’Église orthodoxe, la réception du baptême est régulièrement suivie de l’administration du sacrement de la chrismation, ce qu’en Occident on appelle la confirmation ; si, en effet, le baptême marque la naissance à la vie spirituelle, la chrismation affirme plus spécialement l’intégration à la communauté chrétienne par le charisme de l’Esprit Saint. Normalement l’initiation chrétienne s’achève par la participation à la Sainte Cène ; c’est pour le néophyte la pleine communion avec le Seigneur et la promesse de la participation au festin messianique dans le Royaume. C’est alors que s’achèvera le processus de transfiguration amorcé par le baptême et l’onction du chrême. Ainsi, l’initiation chrétienne unit les trois sacrements, baptême, chrismation, eucharistie, et, comme nous l’avons vu, cette connexion n’est nullement fortuite ; elle n’est pas, non plus, un rapprochement pratique de cérémonies ; elle répond, au contraire, à une signification profonde.

Dans le Credo. nous confessons unum baptisma. Il y a là une affirmation solennelle de l’unicité du baptême : saint Paul le déclare expressément aux Éphésiens : Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous (Éph 4,5-6). De même que nous professons que notre Seigneur n’a fondé qu’une Église, de même nous confessons qu’il n’y a qu’un baptême, parce qu’unique et indivisible est la Sainte Trinité au nom de laquelle nous sommes baptisés selon l’injonction du Seigneur (Mt 28,19). C’est pour cela que l’Église ne renouvelle pas le baptême conféré dans son sein et qu’elle admet sans rebaptisation les hérétiques qui ont été validement baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, conformément au VIIe canon du IIe Concile œcuménique (381). La notion de validité est ici conditionné par une administration correcte du sacrement du point de vue de la matière et de la forme d’une part, et par l’appartenance chez celui qui a accompli le rite à une communauté chrétienne confessant le dogme de la Sainte Trinité.

Le baptême ne se réitère pas au cas où un chrétien renie sa foi et par la suite demande sa réintégration dans l’Église, car le signe de Dieu sur chaque baptisé demeure indélébile : l’inconduite d’un fils ne saurait dissoudre le lien qui l’unit à son père, de même le grand nombre et la gravité des péchés ne supprime pas la potentialité qui a été donnée au baptême. La voie de la pénitence reste toujours ouverte, comme notre Seigneur le rappelle dans la parabole de l’enfant prodigue.

Le baptême constitue un moment unique de la vie de l’homme, puisque par ce sacrement le baptisé est justifié devant Dieu, non par ses propres mérites, mais par l’appropriation de la réconciliation et du salut apportés en Jésus Christ. La malédiction qui pesait sur l’humanité depuis la faille originelle a été levée par le sacrifice du Verbe incarné : être baptisé, c’est être intégré à cette humanité rénovée dont le Christ, nouvel Adam, est le chef. Mais, en Christ, ce que nous acquérons c’est la liberté, avec tout ce qu’elle comporte, c’est-à-dire la possibilité pour nous d’une option. Lors de l’initiation chrétienne, la grâce divine vient en nous, mais c’est à nous qu’il revient de faire fructifier les talents qui nous ont été confiés. Si nous ne le faisons pas, le courroux divin s’abattra sur nous, comme nous l’enseigne la parabole évangélique (cf. Mt 25,26-30), mais celui qui accomplit les commandements divins est promis à l’ineffable mystère de l’union déifiante (2 P 1,4) : c’est la fin ultime dans laquelle se réalise pleinement la vocation de ceux qui ont été baptisés en Christ.

archimandrite Pierre L’Huillier

Tag(s) : #orthodoxie

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