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Chrétiens, osons l’espérance

Au cours du culte d’ouverture de la 13e assemblée de la KEK au sanctuaire Saint Bonaventure à Lyon, l’archevêque orthodoxe pour toute l’Albanie a prononcé le sermon dont nous donnons ici un extrait.

[….] Toutefois, il est un autre aspect auquel notre assemblée devrait prêter attention. Cette unique espérance de notre vocation en Christ n’est pas une affaire individuelle. Elle se trouve réalisée dans l’Eglise : « Il a tout mis sous ses pieds et il l’a donné, au sommet de tout, pour tête à l’Eglise qui est son corps (Ep 1,22-23). Il n’existe pas de piété chrétienne individuelle, indépendante de l’Eglise du Christ, de la communion d’amour avec le Dieu trinitaire et les membres du corps de l’Eglise. Quiconque vit avant tout comme cellule de Son Corps se sent lié à toute l’humanité et à l’ensemble de la création. Cette personne contient en soi toutes choses et tous les humains et les entoure d’amour, car l’Eglise est « la plénitude de Celui que Dieu remplit lui-même totalement » (Ep 1,23).
L’espérance de notre vocation en Christ ne fait pas de nous des illuminés romantiques en quête d’un avenir mal défini. L’espérance, jointe à une foi inébranlable et à une charité sincère, rend opérants les dons que Dieu nous accorde en vue d’une présence innovante dans les événements de l’histoire, en paroles et en actes.
Je me souviens des années 1990 en Albanie. Eglises, monastères, structures ecclésiales, tout était en ruines après 23 ans de persécution athée intégrale. D’un point de vue spirituel, c’était un désert, à vous décourager. La seule chose qui soutenait nos efforts de reconstitution de l’Eglise était une phrase incarnant toute notre certitude : en Christ, il y a de l’espérance ! Nous avons osé l’espérance. Et le « Dieu de l’espérance », le Dieu des surprises, nous a gratifiés de tant de surprises et de bénédictions, en dépit d’énormes difficultés.
Dans cette nouvelle étape de l’histoire du monde, ainsi que dans ce contexte de mondialisation, nous, les chrétiens, nous sommes appelés à vivre personnellement cette « espérance qui est en nous » et, en même temps, à la proposer courageusement, où que nous nous trouvions. Voici notre message : Il y a de l’espérance ! - dans notre combat pour la vérité et la justice. Il y a de l’espérance lorsque nous résistons à toutes les formes de violence et de racisme, lorsque nous défendons la dignité de chaque personne. Il y a de l’espérance lorsque nous soulignons le devoir de solidarité désintéressée entre tous les humains et tous les peuples ; lorsque nous luttons pour le respect sincère de la création. Finalement, par la puissance du Christ crucifié et ressuscité à qui « tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28,18), la vérité, la justice et l’amour l’emporteront. Et la vie triomphera
de la mort.

Toutefois, nous ne pourrons pas, en tant que chrétiens, annoncer cette espérance de façon convaincante en restant divisés entre nous ; ou en ne conservant que des relations formelles, conventionnelles, distantes. Ce qui est exigé de nous, c’est de « vivre une vie digne de la vocation » à laquelle nous avons été appelés. Paul n’est pas le seul à nous le demander, mais avec lui tous les saints de l’Eglise triomphante : que nous avancions « en toute humilité et douceur, avec patience (nous supportant] les uns les autres dans l’amour, (nous appliquant] à garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix » (Ep 4,2-3). Ce sont là des exhortations directes qui définissent avec précision une attitude de vie convaincante à la fois pour ceux et celles qui se trouvent dans l’Eglise et pour les personnes qui la critiquent.
Nous avons tous été appelés à une commune espérance. Nous n’avons pas des espérances différentes. Les divers aspects de l’unité de l’Eglise trouvent leur fondement et leur origine dans les trois personnes de la Sainte Trinité (<< un seul Esprit », « un seul Seigneur », « un seul Dieu »), et chaque croyant s’y rattache par la « seule foi » et le « seul baptême ». La manière de vivre des chrétiens se fonde sur cette réalité-là, la vie de la Sainte Trinité dans l’Eglise, pas sur des idées plus ou moins floues.
Au centre de notre existence, le point ultime de référence de toutes nos attentes,. de nos inclinations et de nos espoirs est celui-ci : « Un seul Dieu et Père de tous, qui règne sur tous, agit par tous et demeure en tous » (Ep 4,6). L’interprétation biblique récente considère que l’ensemble de cette phrase s’applique à Dieu le Père. Mais il est intéressant de noter qu’Athanase le Grand l’entend dans un sens trinitaire : sur tous, c’est le Père, le principe et la source ; par tous, la Parole ; en tous, l’Esprit Saint » (Epître à Sérapion, 1,28, PC 26, 596B »).
Dans l’histoire du mouvement œcuménique, on a d’abord estimé que la foi, puis l’amour, avaient une importance capitale. Les conditions de notre époque nous amènent à compléter notre recherche en orientant plus solidement notre attention, nos débats et notre prière en direction de l’unique espérance. Ce qui ne veut évidemment pas dire que nous abandonnions ce qui a précédé. Mais il faut chercher la plénitude, de sorte que tout notre effort aille dans le sens d’une « foi active, [d’un] amour qui se met en peine et [d’une] persévérante espérance en notre Seigneur Jésus Christ » (1 Th 1 ,3). La foi, l’espérance et l’amour s’accueillent mutuellement et forment une unité organique.
Frères et sœurs, permettez-moi de récapituler : l’espérance en Christ, à laquelle nous sommes appelés, procure une vigueur inépuisable, de l’endurance et de l’innovation en vue de nos efforts quotidiens auxquels chacun et chacune d’entre nous est appelé. En outre, elle ouvre nos cœurs et nos esprits pour les orienter vers la fin des temps. Non pour nous permettre de nous évader vers un univers nébuleux, mais pour nous rendre capables de faire face à nos obligations quotidiennes avec patience, joie et sérénité. De vivre ce qui est du domaine local les regards fixés sur ce qui est universel. Et pour que nous vivions chaque instant dans la perspective de l’éternité.
C’est une espérance qui nous libère de toutes formes de lâcheté et de crainte, y compris la peur de la mort. Nous sommes appelés à cette unique espérance dans le Christ crucifié et ressuscité. C’est en lui que tous les peuples espèrent. « Que le Dieu de l’espérance vous comble de joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint » (Rm 15,13).
Veuille le Seigneur nous rendre encore plus pleinement conscients des divers aspects de la puissance de cette unique espérance en Christ au cours des travaux de notre assemblée et nous permettre de nous en réjouir tous dans l’unité. Et que, par la suite, nous puissions l’emporter avec nous, chez nous, dans nos communautés ecclésiales, et, au-delà, déterminés et confiants, l’apporter à l’Europe et au monde entier. Notre message est limpide : même dans les situations les plus difficiles, nous, chréti
ens, osons l’espérance !

- S.B. Anastasios archevêque de toute l’Albanie

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