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Différences entre méditation bouddhiste et chrétienne

Le bouddhisme étant à la mode en France, la citation suivante est très utile et très importante. Dominique Angers, professeur à l’Institut biblique de Genève, montre comment la méditation bouddhiste est tout le contraire de la méditation chrétienne:

«Si la méditation bouddhiste propose un voyage intérieur, la méditation biblique, de son côté, nous permet de découvrir une réalité qui est extérieure à nous: celle de Dieu. Les méditants bouddhistes aspirent à se transformer eux-mêmes; les méditants chrétiens, si je peux m’exprimer ainsi, supplient Dieu d’agir en eux. Les uns s’appuient sur des techniques de respiration; les autres comptent sur le souffle de l’Esprit divin pour illuminer les yeux de leur cœur (Éphésiens 1.17-18). Les uns se lancent à la recherche du trésor enfoui au fond d’eux-mêmes; les autres scrutent les trésors que renferme l’Écriture. Le chrétien, par définition, est une personne qui reconnaît son besoin d’une aide extérieure à lui.»

Angers, Dominique. La Méditation biblique à l’ère numérique. Marne-la-vallée: Farel, 2012. (p.6)

La spiritualité mystique, très à la mode aujourd’hui, s’inscrit en réaction contre le matérialisme qui réduit l’homme à n’être qu’un rouage dans une vaste machine.

Pour le chrétien, la question est celle-ci: que vaut «l’Esprit» sans l’Écriture? Si le christianisme se réduit à une mystique, en quoi est-il vrai? Impossible, en effet, d’évaluer les expériences spirituelles par nature subjectives. Dans le mysticisme où la lettre et l’Esprit sont séparés, on ne peut jamais savoir avec certitude si la foi met en contact avec Dieu ou avec le diable.

Wells, Paul. Quand Dieu a parlé aux hommes. Guebwiller: L.L.B., 1985. (18)

La méthode hésychaste et les pratiques de méditation orientales

La pratique hésychaste peut, à première vue, être comparée - en raison de l'attention accordée aux postures du corps, au rythme de la respiration, à l'invocation perpetuelle - à la prière ou la méditation mystique des religions orientales (bouddhisme, hindouisme, jaïnisme, et en particulier avec le yoga) ou le soufisme. Cette ressemblance doit cependant être nuancée, d'autant plus qu'elle est parfois rejetée par ceux qui s’inscrivent dans la tradition mystique et orthodoxe de l’hésychasme. En effet, les postures corporelles et la maîtrise de la respiration sont considérées toutes deux comme secondaires par les héritiers modernes de la tradition hésychaste au mont Athos (cf. Starets Ephraim de Katounakia, édition grecque, p.114) et par les plus anciens textes de la Philocalie (par exemple Sur les Deux méthodes de Prière de saint Grégoire du Sinaï), insistant sur le rôle primordial de la Grâce de Dieu qui précède et amène à leur plein accomplissement nos efforts. En aucun cas, l'hésychasme ne saurait être considéré comme une « méthode » permettant d'arriver à la déification par nos propres moyens.

Si les postures corporelles et la maîtrise de la respiration sont considérées comme secondaires, elles n'en ont pas moins leur importance. Saint Grégoire Palamas fit ainsi la défense de l'utilité de l'existence d'une telle méthode :

« Vois-tu, Frère, comment Jean Climaque a montré que ce n'est pas seulement d'une manière spirituelle, mais aussi d'une manière humaine, qu'il est possible d'éprouver combien ceux qui choisissent d'être vraiment à eux-mêmes et de porter dans l'homme intérieur le nom de moine, doivent tout à fait envoyer et maintenir l'intelligence (noûs) au-dedans du cœur ? Ainsi enseigner au novice à voir en eux-mêmes, et envoyer au-dedans, par l'inspiration, leur propre intelligence, n'est nullement déplacé. »

« Un homme de bon sens ne saurait, en effet, empêcher l'intelligence qui ne se contemple pas encore, de se recueillir elle-même par certains procédés. Ceux qui viennent d’entreprendre cette lutte voient continuellement leur esprit s’enfuir : à peine rassemblé ; il leur faut donc le ramener à eux tout aussi continuellement ; dans leur inexpérience, ils ne se rendent pas compte que rien au monde n’est plus difficile à contempler et plus mobile que l’esprit. C’est pourquoi certains leur recommandent de contrôler le va-et-vient du souffle et de le retenir un peu, afin de retenir aussi l’esprit en veillant sur la respiration jusqu’à ce qu’avec l’aide de Dieu ils aient progressé jusqu’à ce qu’ils aient interdit leur esprit à tout ce qui l’entoure et l’aient purifié, et qu’ils puissent le ramener véritablement à un recueillement unifié. Et l’on peut constater que c’est là un effet spontané de l’attention de l’esprit, car le va-et-vient du souffle devient paisible lors de toute réflexion intense, surtout chez ceux qui se trouvent, de corps et d’esprit, dans le repos... »

« Celui qui cherche à faire revenir son esprit en lui-même afin de le pousser non pas au mouvement en ligne droite (vers l’extérieur), mais au mouvement circulaire et infaillible (du retour sur lui-même), au lieu de promener son œil de-ci de-là, comment ne tirerait-il pas grand profit à le fixer sur sa poitrine ou sur son nombril comme sur un point d’appui ? Car non seulement il se ramassera ainsi extérieurement sur lui-même, autant qu’il lui sera possible, conformément au mouvement intérieur qu’il recherche pour son esprit, mais encore, en donnant une telle posture à son corps, il enverra vers l’intérieur du cœur la puissance de l’esprit qui s’écoule par la vue vers l’extérieur37. »

La pratique hésychaste, telle qu'elle est enracinée dans la tradition orthodoxe, est par ailleurs pleinement intégrée à la vie liturgique et sacramentelle de l'Église orthodoxe, comme le cycle quotidien de la prière de l'Office divin et de la Divine Liturgie. Le détachement dans l'ascèse de la prière à l'égard toute vie ecclésiale fut d'ailleurs condamné, sous le nom de messalianisme, par des représentants importants de la tradition hésychaste comme saint Diadoque de Photicé (nous renvoyons à ce sujet à la partie historique de cet article). Si l’hésychaste limite ses activités extérieures afin de préserver sa prière, les prières liturgiques ne sont pas considérées comme des activités extérieures, mais au contraire comme un soutien à la prière intérieure. Il est ainsi toujours supposé, dans les textes hésychastes, que celui-ci est un membre de l'Église orthodoxe, et qu'il en respecte les prescriptions.

Tag(s) : #méditations

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