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béatitudes ( III)

Bienheureux ceux qui pleurent,

ils seront consolés.

Nous ne sommes pas encore au sommet de la montagne, mais nous avons déjà franchi deux contreforts, si nous accédons à la bienheureuse pauvreté et à la douceur qui lui est encore supérieure. Le Verbe nous appelle plus haut : “Bienheureux ceux qui pleurent.” Ils n‘ont pas envie de rire, ceux qui regardent le monde et ses rires, le monde qui dans ses paroles se gausse du Verbe. Les vrais malheureux sont ceux dont la vie est exempte de difficultés, de maladies, d‘obstacles.

Efforçons‐nous de scruter les richesses enfouies dans cette sentence: “Bienheureux ceux qui pleurent.” D‘après saint Paul, il y a une tristesse qui est mondaine et une tristesse qui est selon Dieu. Comment ne pas juger bienheureux ce trouble de l‘âme qui aperçoit le mal et le déplore ? Comme un médecin se réjouit quand un membre malade recommence à sentir la douleur – car cela prouve qu‘il revit – ainsi arrive‐t‐il que des hommes perdent le sens du péché, mais que la grâce de Dieu le leur rende par le sens de la douleur et le deuil de la pénitence…

Mais il me semble que le Verbe veut dire quelque chose d‘encore plus profond. Car il est des hommes dont toute la vie fut recommandable. Seront‐ils donc en dehors de la béatitude ? Absurdité ! Qu‘est‐ce que le deuil ? C‘est, dans l‘âme, une manière d‘être et de sentir, venant de la privation d‘une chose que l‘on désire. Cette définition du deuil humain nous met sur la voie : quel est le deuil bienheureux qui obtient la consolation ? De même qu‘un aveugle par accident souffre beaucoup plus de son infirmité qu‘un aveugle‐né, celui qui a pu apercevoir le vrai Bien et considère ensuite la misère de l‘humaine nature s‘en afflige comme d‘une calamité, et juge que l‘état présent est un deuil. Ce n‘est donc pas la tristesse, que le Verbe déclare bienheureuse, c‘est la connaissance du Bien et la douleur de ce qu‘on cherche. Mais comment le connaître ? Plus nous ‘croirons’ en ce Bien excellent, plus nous nous affligerons de n‘en avoir qu‘un commencement de connaissance. …

Et si nous pensons que l‘homme, avant le péché, était façonné à l‘image de Dieu, comment ne pas gémir de la pénurie présente.?

Grégoire de Nysse : Les Béatitudes

Tag(s) : #Béatitudes

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